Baz[AUS]

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28.01.2020

Chronique

par Juliette Mantelet

B.Side ou Baz sur Instagram, Paris Azul sur Tumblr, Sebastian Otoya Barrenechea dans la vraie vie. Ce jeune photographe australien poste toujours sous couvert d’un pseudo – impossible de trouver son nom nulle part avant de lire sa signature dans nos premiers échange de mails. Ses clichés, justement, nous plongent dans une autre vie, réinventée, merveilleuse. Une autre vision de la ville. Retouchée. Sebastian nous a fait parvenir ses photos préférées, fruits de ses errances.

WALK IN THE WORLD

Plus jeune, Sebastian était un peu comme nous. Il voulait toujours être celui qui prenait les photos de famille et de vacances. Ses premières images sont comme pour beaucoup celles des réunions de famille et « des petites plages où nous allions pendant le week-end en été ». Aujourd’hui, il publie régulièrement (et exclusivement) sur son compte Instagram. Et réalise des clichés un brin fantastiques, aux teintes chaudes de coucher de soleil, sa marque de fabrique. Ultra visuelle, ultra esthétique, ultra réconfortante. Son feed est une longue et éternelle golden hour. C’est cette unité qui séduit, fait la force de son compte et le distingue du flot des photographes présents sur le réseau. Pourtant, même si Sebastian est installé à Melbourne, une ville qu’il décrit comme libre et en perpétuelle évolution avec une « incroyable » scène artistique, il ne vit pas de la photo. Elle reste sa passion personnelle mais il n’en tire aucune source de revenu. Comme beaucoup d’artistes en Australie raconte-t-il, qui n’ont pas les contacts qu’il faut pour être exposés et vivre de leur art et se retrouvent alors à prendre un « travail de jour », un job alimentaire.

Sebastian voyage énormément, pour « sortir de sa zone de confort », et trouver de nouvelles sources d’inspiration. Toujours sur Instagram, ses « Highlights », immortalisés en story à la une, sont là encore une succession de couchers de soleil et de nuits orangées enregistrées lors de ses déplacements. Avec, perdus dans le lot, quelques autoportraits du jeune homme, seul ou avec ses amis. Ce sont eux, d’ailleurs, qui le surnomme Baz. Au Canada, à Paris ou à Tokyo. Sebastian parcourt le monde accompagné de sa bande. Il photographie en marchant. Et marche beaucoup, « autant que je peux », dans des endroits très différents. Ses images suivent ses errances, à Melbourne et ailleurs.

POSTPROD

Que les images soient prises en argentique ou en numérique, pour Sebastian, ça n’a pas d’importance. Il fait avec ce qu’il a sous la main quand il se promène. Et seul compte ce qu’il en fait après. Quand il sort sa caméra, il raconte avoir déjà en tête « une idée de la manière dont je vais modifier la photo et de ce à quoi je veux qu’elle ressemble à la fin ». Loin de Cartier-Bresson et son « instant décisif », Baz pense d’abord à l’après. Avec les retouches, il cherche à parvenir à l’ambiance juste ou au « sentiment cool ». À base de teintes de roses et de violets saturées. C’est seulement quand il y parvient qu’il laisse sa photo tranquille. Mais pour lui, rien de tout ça n’est de la triche. Il s’agit juste de jouer « avec la réalité réelle de la photo ». « Les textures et les couleurs sont là pour que les photographes les fassent ressortir », explique t-il. Il garde aussi les photos ratées. Une photo floue, c’est « une photo presque manquée d’un moment qui aurait pu juste disparaître », écrit-il. Le flou et les lumières qui bavent procurent une émotion vive, comme chez Sergey Neamoscou et son art sensible. Ou chez Alice Lévêque et ses émois intimes. C’est la photographie sentimentale, loin du monde réel. Et ça tombe bien, vu les actualités du moment, on avait bien envie d’une pause rosée.