Poudre Noire[FRA]

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11.03.2020

Interview

par Pauline Guillonneau

Poudre Noire, des pinasses aux ruelles de Paris

Poudre Noire au Canon © Alexis Atteret

 

DES SOUVENIRS DE VACANCES

Des pinasses du Cap Ferret aux ruelles de Paris, on a retrouvé le groupe pour une interview et une session live, by Tafmag. Mais par où commencer ? On a rencontré Poudre Noire au Festival Cabourg Mon Amour. Révelation quasi-foudroyante. Ou en tout cas, clairement immédiate. Parce qu’une énergie difficilement descriptible se dégage du groupe dans son ensemble, composé de Pierre Rioufol et d’Antoine Clément-Bollé au chant. Ils sont accompagnés de trois musiciens des Papooz : Antonin Bartherotte à la basse, Armand Pernicaut à la guitare, et Pierre-Marie Dornon à la batterie.

On pourrait vous dire qu’il se dégage du groupe quelque chose de chaud, du sud, de la côte française. Quelque chose peut-être des mes souvenirs de vacances d’adolescentes ? Un truc un peu rétro maintenant. En tout cas, on perçoit dans la musique de Poudre Noire, un air marin qui sent l’huître, le vin blanc et les nuits jusqu’au petit matin. Venu tout droit  du Cap Ferret, du village du Canon  plus précisement, Poudre Noire séduit par cette attitude faussement rock mais réellement foutraque. On sent l’énergie d’une Fishbach, le bagoût d’Aloïse Sauvage, la punk attitude de Faire. Les textes de Poudre Noire sont en français, ils sont ciselés, saisissant de légèreté et de jeux de mots à la Brassens, Vian ou Renaud. Leur musique alterne folk et  rock, pourtant pas mon genre musical préféré. Mais on se laisse prendre car ce sont des chansons françaises sur un air faussement rock, finalement. Et parce que la puissance du live est frappante. En un seul concert, chaque musicien joue sa vie. Tout est donné, rien n’est repris. Rencontre à Paris.

L’INTERVIEW BY TAFMAG

Tafmag : Salut Les gars, présentez-nous, vous.

Pierre Rioufol : Lui c’est Antoine Clément-Bollée, un capitaine de bateau du Cap Ferret. Et un très grand chanteur et poète.
Antoine Clément-Bollée : Et lui c’est Pierre Rioufol, un très grand poète également, très grand musicien, créateur de vêtements et de mode. Et un homme de talent.
Antoine : De talon même.
Pierre. De talonnette.

Antoine : Tous les deux, on a monté ce groupe qui s’appelle Poudre Noire, qui est un groupe de chansons françaises, un peu dans la droite lignée des chansonniers français. C’est ce qu’on aime, ce qu’on admire. On essaie de mettre ça en musique de manière un peu violente, je dirais, brutale. On a des textes un peu chiadés, quand on les lit et quand on les écoute. On voit que les textes sont très travaillés, assez ciselés. Mais la musique, il faut qu’elle soit brutale, faut que ça envoie un peu du bois.

Pierre : Ce sont des textes qui ont été faits pour chanter autour d’une table au départ ; on les a faits avec une guitare histoire que tout le monde puisse les reprendre, au Cap Ferret justement, où on était. Et dans la version live, on voulait que ça garde son côté hymne mais avec la puissance de la scène.
Antoine : C’est du rock gitant quoi !

Et que faites-vous dans la vie, l’autre ?

Antoine : Notre possible déjà !
Pierre : Moi, je fais des vêtements et des bijoux, et Antoine est capitaine de bateau.

C’est comment la vie sur un bateau ?

Antoine :  Ça tangue ! Ça ne change pas de d’habitude, tu me diras.  Moi j’ai toujours vécu sur des bateaux depuis ma tendre enfance ; c’est tout ce que j’aime faire à part la musique. J’étais à la pêche pendant longtemps. Marin-pêcheur d’Atlantique au merlu sur un fileyeur. Ce sont des conditions assez particulières, assez extrêmes. J’aime bien être sur un espèce de petit bout de bateau, à 10h des côtes.

Le village du Canon

Vous parlez beaucoup de votre village du Canon, à côté du Cap Ferret. C’est comment là-bas ?

Pierre : Le Canon, c’est un petit village de pêcheurs avec des cabanes en bois. C’est vraiment comme un campement qui serait devenu un village. Avec de toutes petites ruelles, des chiens qui dorment un peu partout…
Antoine : … des pêcheurs qui se castagnent. En fait, c’est vraiment le village des irréductibles Gaulois.
Pierre : Ce sont des petites cabanes de toutes les couleurs en bois, que des rez-de-chaussée. Et il y a une rue au milieu, la rue Sainte-Catherine, qui est en sable, en coquilles d’huîtres écrasées, très blanche. Il fait très chaud l’été, les cabanes sont à l’ombre. Il y a que des super belles nanas qui passent partout et des mecs très sympas. Ça boit des coups dans les cabanes et puis ça va se baigner. Ça s’embrasse, ça écrit des chansons…
Antoine : …ça vit, quoi.
Pierre : Et puis le soir, on fait un grand feu et on fout les poissons à griller et puis on boit encore.
Antoine : Et on braille.
Pierre : On braille les chansons que l’on a écrit dans la journée.

Toutes nos chansons sont de cette inspiration-là, d’une espèce de village où tout est possible.

Qu’est-ce que vous inspire là-bas, tout particulièrement ?

Antoine : Je le répète mais avec Pierre, on est vraiment des Gaulois. Nous ce qu’on aime, c’est être au bord de l’eau, limite sans se laver pendant 15 jours. Tu te baignes dans la mer le matin et puis on en parle plus. On est dans les huitres, les coquilles, les bateaux qui passent, les nanas. On raconte nos conneries, on fait nos chansons sur un petit bout de table, avec une quille de blanc. Il y a vraiment une énergie particulière dans ce village.
Pierre : Il y a un truc de bricolage. Les cabanes se sont autant des maisons que des abris. C’est un village où tout est fabriqué, bricolé. On bricole des maisons, on rafistole des portes, on répare nos guitares avec un fil de pêche qui traîne ou un boyau de chat. Et on bricole nos chansons comme ça. Toutes nos chansons sont de cette inspiration-là, d’une espèce de village où tout est possible.

Comment est-ce que vous gérez la dualité entre le Canon, sommaire et sauvage, et les concerts à Paris, entre urbanité et complexité ?

Antoine : En buvant énormément !
Pierre : On essaye surtout de ramener la fête du Canon à Paris. Il y a une fête particulière le 15 août, la plus belle fête que j’ai vu de ma vie. On a notre propre feu d’artifice. On joue sur un bateau, on installe une scène, avec des amplis, tout le matériel et des guirlandes. La marée monte et on joue sur le bateau. Et quand ça redescend, la plage devient la piste de danse. Il y a un cochon qui tourne sur une broche, des huîtres à foison, du vin et ça dure jusqu’au bout de la nuit. Et cette fête-là, c’est ce qu’on essaye de ramener à chaque fois que l’on fait un concert.
Antoine : Ouais, à chaque fois que l’on fait un concert, on veut que ce soit un 15 août. On veut exporter cette énergie-là partout où on joue.

 

[NOTRE MUSIQUE], C’EST de la ménopause en chaussures cloutées.

Comme décririez-vous votre musique ?

Antoine :  C’est décomplexé. On ne se regarde pas jouer. Je pense que c’est ça la puissance du live.

Poudre Noire, c’est une musique de rockeur alors ?

Pierre : Le live est très rock’n roll, mais les chansons, ce sont des chansons de vieillards.
Antoine : C’est vrai, c’est de la ménopause en chaussures cloutées.
Pierre : L’énergie est rock mais notre propos n’est pas du tout rock.
Pierre. On fait de la musique quasiment rurale. On essaye de faire de la poésie en fait.
Antoine : Ça tourne beaucoup autour de jeux de mots de la langue française. C’est rural et littéraire.
Pierre. On parle de notre village, on parle des bateaux…
Antoine. Ouais, on est contents, quoi.