Evgeny Avrorin[]

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03.12.2018

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Départ pour la Russie et plongée dans l’univers de la photographie de mode avec le travail d’Evgeny Avrorin. Evgeny vit et travaille actuellement à Moscou, après avoir été diplômé du Speos Photographic Institut à Paris, la ville de la mode par excellence. Depuis, Evgeny collabore avec de nombreux magazines et produit des clichés puissants où la couleur joue toujours un rôle majeur et dialogue avec la lumière dans un monde surréaliste.

LE PHOTOGRAPHE DES PETITS RIENS

Alors que nous entrons dans le cœur de l’hiver, les photographies d’Evgeny viennent souffler sur nous un vent de fraîcheur printanière et nous replonger par leurs couleurs dans nos souvenirs de périodes plus tendres et chaleureuses. À la manière de Joséphine Löchen, Evgeny produit lui aussi des séries très travaillées et à l’atmosphère unique et puissante. Dans « The Missed Spring », les tons orangés et crèmes se mêlent dans une harmonie parfaite des couleurs et créent une unité chromatique fascinante. La couleur est très importante chez Evgeny, elle agit par petites touches pour venir transcender l’image. Un orange flamboyant vient soudain révéler toute l’intensité d’un cliché au fond neutre très simple, illuminé par une lumière puissante. La lumière joue en effet elle aussi un rôle fondamental dans ses photos, entrant en discussion avec le corps du modèle et prenant presque la vedette sur celui-ci. Une lumière douce, apaisante, celle du premier matin de printemps qui pointe à travers les fenêtres. La modèle pose sur des fonds blancs, simplement habillés d’un rayon de lumière et d’un jeu d’ombres superbe. La lumière accroche de manière subtile les cheveux dorés, le papier orangé ou la robe rose. Elle crée des motifs au sol, des zones d’ombres, une obscure clarté propice à l’histoire imaginée par Evgeny.

Les images du photographe russe sont toujours de pures créations, réalisées la plupart du temps en studio et autour de différents accessoires avec lesquels Evgeny adore s’amuser. Et ce qui crée la force de son travail, c’est sa puissance suggestive. Une feuille brandie à bout de bras, un papier crépon orange flamboyant, des petites billes de couleurs suffisent à l’artiste pour créer, avec la bonne lumière, une atmosphère puissante et qui suggère énormément. On se croirait dans des collages surréalistes : des objets se découpent sur un fond neutre, se mêlent et se rencontrent sans logique évidente. Sa série mode, à première vue minimaliste, devient en fait une véritable histoire en images, pleine de mystères. Très vite et malgré peu d’éléments, le photographe parvient à nous faire nous questionner sur l’histoire contée dans sa série, sur le pourquoi de ces objets qu’il fait surgir de nulle part à la manière des peintres surréalistes. D’où sort cette feuille séparée de son corps, que contient cette coupe verte…? Autant de questions qui nous traversent en contemplant son travail. Ceci est-il vraiment une feuille ? Les lectures possibles sont multiples et les compositions deviennent très intrigantes. Les photographies d’Evgeny sont aussi très métaphoriques : un papier jaune orangé prend vite des airs de soleil incandescent ébloui par une lumière rasante et de petites boules de tissus colorées s’éparpillent au sol telles les planètes dans le système solaire. La mannequin par sa blondeur nous rappelle une Alice, évoluant dans le pays merveilleux et symbolique d’Evgeny.