Joséphine Löchen[]

  • Photographie
  • La chronique
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26.11.2018

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Joséphine est née à Paris, et comme beaucoup de photographes de la capitale, elle a fait ses armes à la célèbre école des Gobelins. Puis elle a déménagé à Copenhague pour suivre son danois de mari. Joséphine raconte avoir mis du temps à réaliser que la photographie qu’elle pratiquait tous les jours pouvait en fait devenir son métier. La jeune femme est connue pour ses portraits intimes, toujours au plus près des corps, peau à peau. Son style se compose de gros plans et de cadrages serrés détonants par laquelle elle cherche à montrer la beauté des petits détails.

« Serial photographer » 

Joséphine ne travaille qu’à l’argentique. Ses photographies sont douces, la lumière n’est jamais tranchante. Au contraire, elle est rasante et englobe les sujets dans une intimité troublante, presque dérangeante. Le choix de travailler sur pellicule procure aussi à ses clichés une atmosphère nostalgique et saisissable dès le premier regard. Les instants capturés semblent déjà appartenir à un passé mélancolique, comme si le filtre du temps avait déjà glissé sur eux. D’ailleurs, quand Joséphine évoque ses inspirations artistiques, elle cite de vieux films français, les peintres classiques italiens ou les photographies documentaires célèbres de l’agence Magnum.

Joséphine se dit aussi inspirée par les photographes japonais. Départ pour l’Asie alors que la série que nous présentons ici, la jeune artiste l’a réalisée à Hong-Kong. Très élaborée, cette série photo rappelle beaucoup l’univers de certains artistes asiatiques contemporains, comme Feng Li et Lee Chang Ming. On retrouve la même proximité corporelle avec la jeunesse asiatique que dans le travail du Singapourien et cette même façon de rendre les sujets étranges en choisissant de n’en photographier qu’une partie, typique de l’univers de Feng Li. Les cadrages de Joséphine sont inattendus, décalés. Lorsqu’elle photographie un homme dans la nuit, il apparaît, dissimulé derrière des branchages qu’on aurait plutôt tendance à mettre en second plan. Mais pourtant, ce sont eux qui prennent la lumière et l’homme qui se cache. Et même lorsqu’elle réalise des portraits, nos attentes sont aussi déroutées puisque le sujet détourne toujours le regard, se dérobe, intensifiant l’étrangeté qui se dégage de la série.

Les images de Joséphine se chargent également d’une dimension très sensuelle. Elle s’approche, pénètre dans le cercle intime et capture les corps de très près. Ceux qu’elle photographie sont souvent légèrement dénudés, laissant entrevoir une peau laiteuse sur laquelle notre regard glisse, captivé. La jeune femme précise d’ailleurs que pour photographier quelqu’un et rentrer dans son espace personnel, elle a besoin d’être elle-même fascinée par le modèle.

Ce qui frappe également dans cette série c’est sa cohérence et sa puissance : chaque image fonctionne par elle-même, bien sûr, mais prend encore plus de force et de sens quand elle est mise en relation avec les autres. Chaque photo amène logiquement à la suivante dans une cohérence de lumière et de couleurs impressionnantes. Les tonalités sont douces, une sorte de blancheur laiteuse domine les images accompagnée d’un rose et d’un vert pastel qui viennent peut-être des couleurs de la capitale danoise et contrastent avec un noir tranchant récurrent lui aussi. Les sujets reviennent comme des refrains pris dans des angles différents, la gerbe de fleurs, la femme en blanc. C’est une vraie histoire en images à laquelle chacun peut donner un sens, On peut aussi choisir de se contenter de savourer cette esthétique visuellement parfaite.