Camille Deschiens[FRA]

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18.02.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Le trait d’originalité de Camille Deschiens, jeune illustratrice diplômée de la Haute École des Arts du Rhin de Strasbourg, réside dans son choix d’utiliser les crayons de couleurs. C’est une technique assez rarement utilisée dans l’illustration aujourd’hui, qui a plutôt tendance à vaciller entre outils digitaux, gouache et aquarelle pour accrocher le regard. Ce choix procure à ses dessins une immense douceur et surtout lui donne la possibilité de superposer les couches pour aborder le rêve et les fantasmes comme personne. Camille prône la simplicité et possède un programme de vie assez simple qui implique de « bien manger, faire la fête, voir la mer, rêvasser un peu et s’aimer beaucoup ».

LE SONGE DE CAMILLE

Douceur, transparence, superposition définissent le mieux l’art de Camille. Avant de commencer à se servir des crayons de couleurs, l’artiste raconte qu’elle avait l’habitude de diluer énormément la peinture pour obtenir déjà ces jeux de transparence. Désormais, elle travaille les crayons de couleurs en couches, mélange les teintes. Le crayon apporte un grain particulier à son travail, accentué par la risographie comme technique d’impression qui rappelle le travail d’Alice Wietzel (Bubble Gum, 2016).

Camille s’amuse à superposer des personnages sur des décors poétiques, à créer des scènes à la double temporalité, où deux histoires semblent se dérouler simultanément. Son inspiration, c’est Marc Desgrandchamps, un peintre à l’univers étrange et imaginaire. Dans les dessins de Camille, des personnages errent : ils symbolisent pour la jeune femme les fantasmes et l’ailleurs. Camille l’affirme, elle fantasme beaucoup en amour et s’invente des scénarios.

« C’EST COOL D’ÊTRE AMOUREUX »

Dans ses illustrations Camille représente de multiples variations de couple : couple au féminin, trio amoureux… Les couples qu’elle dessine sont charnels, immortalisés en pleine scène d’amour mais toujours en douceur et sans vulgarité grâce à la douceur des teintes crayonnées. « Le couple c’est mon sujet de prédilection, souvent je me dis que j’en ai fait le tour. Et puis quand je retourne à mon bureau à chaque fois je ne peux pas m’empêcher de dessiner quelque chose qui me ramène à ça. C’est comme dans la vie, on se dit : « bon j’ai eu ma dose, émancipe-toi un peu ma vieille’, mais on y revient toujours parce que c’est trop cool d’être amoureux » raconte avec humour l’artiste. Mais le couple permet surtout à Camille, notamment grâce à sa technique de superposition, d’aborder d’autres questions essentielles et de parler notamment de la solitude, du sexe, des fantasmes, du manque, de la rupture. Comme dans cette scène où une femme se regarde dans la glace  et semble se remémorer une scène d’amour passé. Ou encore ces deux visages de femme présents en transparence qui contemplent une troisième silhouette. Fascinée par les interactions intimes, Camille immortalise superbement et avec poésie ces moments de la vie d’un couple, en rappelant que quand même, « il n’y a rien de plus ordinaire qu’une histoire d’amour »…