Tropico Photo[USA]

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09.04.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Derrière le nom exotique de Tropico Photo ne se cachent pas un mais deux artistes : un duo composé de Forrest Aguar et Michelle Norris. Les deux photographes se sont rencontrés pendant leurs études à l’Université de l’état de Géorgie où ils ont naturellement su se compléter et gèrer ensemble la direction artistique, le stylisme, l’éclairage, les retouches… Et les idées ! Depuis leur rencontre, le duo vit à Atlanta et imagine un monde coloré et géométrique, merveilleux et optimiste, fruit de leurs nombreux voyages et de leurs rencontres avec d’incroyables architectures.

TROP BEAU POUR ÊTRE VRAI

« Je rêvais d’un autre monde » chantait Téléphone. Peut-être du monde de Tropico Photo. Un monde enchanté, où le ciel est toujours d’un bleu éclatant, où les murs des villes sont roses ou violets, jamais gris, tristes ou abîmés, où la symétrie est absolue et l’architecture régulière. Au premier regard, leurs photographies font penser à des toiles tant elles semblent impeccables, composées au millimètre. Leurs clichés offrent aux yeux de grands aplats de couleurs, les rapprochant de l’art pictural. Forrest et Michelle gomment la réalité de la photo, créent un monde totalement imaginaire, réfléchi, composé, où le moins beau est effacé. Leurs photographies relèvent de la fiction. Comme les clichés de Ben Thomas ou Micky Clément, ils sont « trop beaux pour être vrais ». Les couleurs vives lissent les bâtiments et englobent tout sous un filtre positif. On croirait presque que quelqu’un s’est immiscé pour peindre les murs juste avant leur passage pour y tourner une comédie musicale. Impossible de dire dans quelle partie du monde les photos sont prises, aucun autre indice que le soleil brillant et le ciel bleu.

L’originalité de leurs images repose aussi dans la manière dont les deux artistes articulent l’architecture et l’humain. Si ce qui saute aux yeux est d’abord la construction, les angles, les lignes et la composition absolue, l’humain a aussi sa place, dynamisant la photo. Un peu comme dans « Où est Charlie ? », on se prend à chercher cette petite silhouette humaine solitaire qui habite le décor. Un humain objet, un peu figé dans ces lieux superbes. Il met en valeur l’architecture, donne l’échelle, rompt l’harmonie et accroche le regard. Pour Forrest et Michelle, cette présence permet de rajouter un second degré à leurs images, d’enrichir des lieux trop simples.

Tropico Photo c’est aussi le paradis de la couleur avec des murs pleins de pep’s qui nous rappellent le Palais de Pena, du côté de Lisbonne, les maisons de la rue Crémieux à Paris ou celles du quartier de Notting Hill. Des lieux « instagramables » à souhait, où le tourisme explose aujourd’hui face aux voyageurs en quête de toujours plus de couleurs, de joie et d’esthétisme. Forrest et Michelle s’amusent à produire des associations fortes de teintes originales, n’hésitant pas à combiner un rose éblouissant et un bleu pétant. Pour eux, le rose fait ressentir des sentiments différents selon qu’il est associé au bleu ou au jaune, et ils jouent alors sur ces sensations. Leurs tons évoquent l’univers du désormais bien connu maître du rose, Andria Darius Pancrazi. Les couleurs uniques et captivantes de Michelle et Forrest sont liées à leur utilisation particulière de la lumière. Les deux artistes photographient toujours au soleil de midi, écrasant, éblouissant. Ce soleil de midi qui chasse la foule et embellit la vie.