Le Surf [6/7] • The Minimalist Wave[FRA]

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16.03.2020

Chronique

par Juliette Mantelet

The Minimalist Wave : la vague et ses rouleaux hachés

Article du 30 mars 2020 par Juliette Mantelet

La vague et ses rouleaux, en noir et blanc et en hachures. Minimaliste. Comme The Minimalist Wave. C’est ce que dessine en boucle Alain, un illustrateur qui navigue entre Paris pour le travail et Biarritz, pour le surf. C’est une obsession, une fixette personnelle et vitale qui lui permet de se sentir mieux, de se mettre dans une bulle et d’oublier tout le reste. Un projet d’art personnel, intime qu’il mène aux crayons et aux stylos à côté de sa carrière de designer.

LE MAXIMUM EN UN MINIMUM

Si sa vague est minimaliste, c’est « pour en dire le maximum dans le minimum ». Il retient le trait ou la couleur, ne donne pas trop d’indices, pour que chacun puisse s’approprier sa vague. Et pour se justifier, Alain prend la métaphore des Haïku japonais qui sont pour lui beaucoup plus intenses qu’un poème de Mallarmé. Une essentialité vitale à ses yeux. Pour se renouveler sur ce projet « obsessionnel », Alain change tout simplement de supports. Il grave des surfs, travaille sur le bois ou sur des tee-shirts…

Au moment où l’on écrit ces mots, Alain est confiné dans le sud-ouest, évidemment. Dans une maison de 1871, chargée d’histoire. Le confinement ne révolutionne pas sa pratique, toujours solitaire, en retrait. Au contraire, privé de l’extérieur, sa feuille agit aujourd’hui peut-être encore plus qu’avant comme une « invitation au voyage », qui peut l’emmener où il veut, là où il n’est pas, par le pouvoir extraordinaire de l’imaginaire et de l’esprit. Sans voir et sans bouger. « Ne pas voir me permet d’imaginer ce que je souhaite. Je ne prends pas ce temps de confinement comme une privation de quelque chose, mais comme une augmentation d’une autre ».

ART CONFINÉ

Quand il était petit, Alain n’avait pas la T.V. Du coup, il s’est mis à dessiner pour occuper son temps libre et créer ses propres images et inspirations. Issu d’un milieu plutôt modeste, son privilège à lui c’étaient les énormes rouleaux de papier que sa mère ramenait de son travail.

En découvrant le surf, Alain n’a eu de cesse de voir cette onde qui passe sous l’eau et de se demander comment la représenter graphiquement. Une obsession. « Comment représenter cette grandeur sur une petite feuille ? », s’est-il demandé. C’est l’idée de départ de son projet, The Minimalist Wave. L’homme face à l’immensité comme le raconte le photographe Jon Sanchez qui ne s’intéresse qu’à la vague. Il raconte la violence des vagues qui éclatent à Hossegor. « Une vague ça passe sous toi, ça s’est formé à des dizaines de milliers de kilomètres, ça s’efface sur la plage et c’est fini », décrit-il. Et puis, à un moment de sa vie, Alain a ressenti le besoin vital de cette vague, qui l’a canalisé et lui a sauvé la vie. « Un travail obsessionnel », commencé il y a 1 an et demi pour « se vider la tête ». Alain avait besoin de se concentrer sur un projet, de se retrouver seul face à sa feuille, dans sa bulle, sans ordinateur ou coup de téléphone. « On peut m’appeler, on peut sonner à ma porte, je ne répondrai pas et c’est cela qui m’intéresse », explique-t-il.

L’artiste défend surtout l’idée de dessiner ce qu’il veut, sans se soucier de plaire, de gagner de l’argent ou de conquérir l’algorithme d’Instagram « qui te fait perdre 200 followers si tu passes à la couleur ». Pendant longtemps d’ailleurs, il n’a pas eu Instagram. Dessiner représentait alors pour lui « l’opportunité ultime d’être vraiment libre ». C’est l’un de ses copains, en tombant sur un de ses carnets qui l’a forcé à créer un compte. Mais Alain dessine pour lui avant tout et possède, comme l’illustration n’est pas son métier principal, une vraie liberté. C’est l’art pour soi. Il ne sait pas vraiment comment ça va continuer, il a d’ailleurs déjà failli arrêter le projet après avoir appris une très bonne nouvelle. Le genre de nouvelle qui apaise et fait passer nos obsessions au second plan. C’est aussi pour cette raison qu’Alain jette ses dessins. Loin du matérialisme, ses illustrations correspondent à un moment précis et à un besoin, « une aventure », qui est faite puis terminée. « Quand rien ne nous possède, c’est la plus grande richesse qu’on peut avoir », conclut-il.