Sous le soleil, la plage [5/6] • Léa Morichon[FRA]

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Procurez-vous dès maintenant l'oeuvre de l'artiste sur notre galerie d'art en ligne !
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15.06.2020

Interview

par Juliette Mantelet

Léa Morichon, la vie sur le sable breton

Pour continuer notre dossier ensoleillé, Sous le Soleil la plage, une histoire d’érotisme en société, découvrez notre portrait chinois version plage avec l’illustratrice Léa Morichon. Amoureuse des plages bretonnes où elle vit sa meilleure vie, Léa nous raconte l’actualité côté sable, des nouveaux comportements à adopter à l’étrange époque post-covid19, de ses propres occupations sur le sable et des plages de ses rêves. Voyageons un peu et glanons des idées de destinations pour notre été français. Interview post-confinement en direct de Bretagne, où les plages ont rouvert pour le plus grand bonheur de Léa.

Et pour poursuivre l’aventure, rendez-vous sur notre galerie en ligne où ses illustrations ensoleillées sont actuellement disponibles au sein de la collection été 2020.

À ton avis, pourquoi la plage fait-elle tant fantasmer ?

Parce qu’elle évoque la douceur de vivre, le lâcher-prise dans son travail, l’oubli des soucis. Elle parle de repos, de retrouver du temps pour soi, de ressentir à nouveau un sentiment de bien-être physique car nous goûtons le monde par nos sens sur la plage, et notre mémoire est liée à l’émotion.

Tu étais à la mer pendant le confinement ?

Oui, j’ai tout de suite fui Paris et je suis revenue en Bretagne.

En tant que bretonne D’ADOPTION, comment as-tu vécu justement la fermeture des plages ?

C’était super frustrant, surtout qu’en Bretagne on a des énormes plages, comme à la Baie d’Audierne, là où j’étais, où pour les remplir il faut vraiment beaucoup, beaucoup de monde.

« Les gens en Bretagne ne sont pas des plagistes mais des gens qui vont aller pêcher, surfer, faire de la voile »

En plus, les plages font vraiment partie intégrante de la vie en Bretagne ?

Exactement, les gens en Bretagne ne sont pas des plagistes, mais des gens qui vont aller pêcher, surfer, faire de la voile… Ils ne voient pas la plage comme un espace où tu restes statique. Pour eux, c’est toujours du mouvement. Les gens qui vivent là-bas ont de vrais rituels, ils vont nager le matin ou faire leur marche aquatique, ça fait partie de la qualité de vie et des activités quotidiennes. Si tu leur enlèves leurs activités nautiques, c’est d’autant plus frustrant.

Léa Morichon nageuse au maillot jauneDepuis que les plages ont rouvert, il y a des comportements à respecter, on ne peut plus lézarder, il faut rester dynamique sur le sable. Tu en penses quoi de ces nouvelles règles ?

En Bretagne, cette interdiction de plage statique devrait être décidée au cas par cas. Tu as des petites plages qui ne sont pas faites pour recevoir beaucoup de monde et puis, sur d’autres zones, ça semble ridicule de ne pas pouvoir se poser car tu as plus d’1km entre deux personnes ! Cela reste avant tout du bon sens. Si tu vois que la plage est bondée, tu n’y vas pas. Et de toute façon ici, il y a rarement des plages bondées.

En ce moment, se pose aussi toute la question de l’écologie et de la préservation du littoral. On craint cet été de retrouver des masques jetables dans l’eau et sur le sable. Comment ça se passe en Bretagne ?

Sur le littoral breton les gens sont très engagés sur ce point. Ils font par exemple attention aux crèmes qu’ils mettent avant d’aller dans l’eau. La SNSM et les sauveteurs en mer font de la prévention. Je trouve que le tourisme en Bretagne est hyper responsable. Il n’y a pas forcément toujours du soleil, donc les gens y vont plutôt pour les grands espaces. C’est un public qui a une sensibilité à l’environnement naturel. Les plages sont très propres en conséquence. Quand je descends à Bayonne, ça me rend folle de voir les eaux pleines de plastique sur certaines plages. En Bretagne, les gens font super gaffe. Je navigue souvent en voilier, et sur les petites îles il y a aussi des zones entières où l’on ne peut pas marcher parce qu’il y a un nid à gravelot… Les Bretons sont très chauvins et ils protègent leurs côtes. Au niveau du plan d’urbanisme, tu ne peux presque plus construire car tout est classé en zones naturelles et les zones naturelles continuent de s’agrandir.

une femme sur une serviette de plageDe manière plus générale, la plage est un espace social qui dit beaucoup de notre société. Que dit-elle pour toi de notre génération et de celles à venir ?

J’aimerais qu’elle nous parle de bienveillance face aux différences, de corps, de couples, de cultures…

Du coup, que penses-tu de cette théorie du « tous égaux en maillot » ?

C’est vrai en théorie, mais en pratique ça n’existe pas car les gens ne s’acceptent tout simplement pas tous de la même façon.

Quelle vision portes-tu SUR Les femmes à la plage aujourd’hui ?

J’aime voir les corps se libérer, exhiber leurs différences. Pourtant, je trouve les femmes encore trop dures avec leur image, cela se ressent dans leurs attitudes parfois, leur façon de se cacher derrière une serviette.

Les femmes de tes illus sont toujours solitaires, pourtant on est rarement seul à la plage ?

Hum en Bretagne souvent, surtout en hiver ! Au-delà de ça, j’aime la poésie que dégage un personnage seul, cela accentue le côté contemplatif.

une femme posée sur le sableJustement, la plage dans tes dessins est toujours associée à la baignade, à l’été. La plage en hiver ne présente pas d’intérêt créatif ?

Si, mais les couleurs me plaisent moins.

La plage, c’est aussi un espace de désir pour toi ?

Oui, mais un désir de nature, pas un désir porté sur les corps.

« La représentation de la plage est parfaitement intégrée dans l’imaginaire collectif, cela permet des simplifications. »

Pourquoi as-tu fait de la plage ton sujet de prédilection artistique ?

C’est important de s’évader, mes illustrations sont comme des fenêtres que l’on ouvre. Le temps d’une illustration, on est loin de notre quotidien. Mes meilleurs souvenirs sont liés à la plage, c’est l’endroit où je me sens la plus naturelle. Quand je fais une image, j’imagine donc que la personne qui va la regarder ressentira le même plaisir que moi.

Tu ne la représentes jamais directement, c’est un tel mythe qu’on a besoin de peu de choses pour l’évoquer ?

Oui complètement, même de simples rayures évoquent déjà la plage ou encore un rond ou une ligne bleue. C’est un sujet visuel qui a énormément été développé dans l’affiche publicitaire de transports. Je pense notamment à la compagnie PLM (compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée ndlr), avec des gens comme Roger Broders ou encore Bernard Villemot. La représentation de la plage est parfaitement intégrée dans l’imaginaire collectif, cela permet des simplifications.

roger broders la plage affiche pubRoger Broders Antibes afficheSi tu étais une plage ?

Hiriketiya, au Sri Lanka, il y a une vague superbe que j’ai adoré surfer. L’eau translucide est bordée de palmiers et parfois des petites tortues sortent la tête de l’eau, c’est magique.

Hiriketiya Sri Lanka eau turquoise plageSi tu étais une œuvre d’art sur le thème de la plage ?

Une œuvre de Pierre Boncompain.

femme sur un transatSi tu étais une tenue de plage ?

Une combinaison pour pouvoir aller dans l’eau car je nage surtout en Bretagne !

POuR CONCLURE, PARLE-NOUS DE TA plage préférée, CELLE que tu recommandes pour cet été un peu particulier.

La plage de Tronoën, dans le Finistère. C’est merveilleux, la lumière change tout le temps. Quand la brume se lève, on a l’impression d’être dans une installation d’Olafur Eliasson.

soleil couchant sur l'eaufemmes à la merTahiti femme polynésienne maillot de bain à fleursune fille dans un café avec vue sur mer