Sidi-Omar Alami[FRA]

  • Photographie
  • La chronique
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20.02.2020

Chronique

par Pauline Guillonneau

On avait interviewé Sidi-Omar Alami il y a un sacré bout de temps, alors qu’il était en voyage en Australie. Deux ans et de nombreux périples plus tard, nous avions publié à nouveau son travail, quand il rentrait d’Écosse (ci-dessous). Sidi-Omar est toujours un photographe et un voyageur. Il photographie les paysages, les moments, le temps qui passe, souvent suspendu. Sidi-Omar fait partie d’une génération de photographe-globe-trotteur au même titre que les Théo Gosselin, les Cédric Jereb et autres explorateurs à l’œil photographique qui ont par ailleurs croisé à un moment sa route. Toute une génération Instagram a pu admirer leurs road-trips, fantasmer leur quotidien sans contrainte. Mais les temps ont changé.

LE DÉBUT D’UNE NOUVELLE ÈRE

Quel plaisir pour notre rédaction de témoigner de l’évolution de ces artistes avec lesquels nous avons échangé, que l’on a parfois croisé et rencontré. Le voyage pour Sidi-Omar s’est transformé. Il n’est plus synonyme d’une quête de liberté adulescente, d’une recherche d’un soi dans un vaste monde. Le voyage aujourd’hui est synonyme de responsabilité. Une prise de conscience s’est faite et le périple s’est tourné vers le tourisme éco-responsable, dans le respect des mœurs et des traditions locales. Le voyage est mature, « éduqué », même. Récemment, Sidi-Omar  nous a fait parvenir sa série réalisée au cœur de la région de San’in, au sud-ouest du Japon. Un récit photographique comme un carnet de bord, réalisé dans l’intention ferme de faire « vivre des sites, paysages et traditions oubliés en raison d’un tourisme autocentré vers Tokyo, sa capitale extravagante ». Une aventure écrite avec sa compagne, Styna Thomas, dont on vous dévoile un aperçu, empreint de poésie.

Au Parc National de Setonaikai, la lumière se dessine, naturelle. « L’éclatant fard orangé du coucher de soleil que nous contemplons dessine une scène qui se répétera tout au long de notre voyage », commencent les deux explorateurs. Le début d’un périple qui les mènera jusqu’au Mont Sambe, en passant le parc Daisen-Oki. Là, un moine les introduira à l’art de la méditation. C’est également dans ce parc national, en descendant jusqu’au littoral que Sidi-Omar et Styla tombent sur un éco-village, « conçu à partir de bois d’arbres naturellement tombés puis recyclés et intelligemment assemblés pour n’utiliser aucun autre matériau, pas même une vis ». Un écosystème sacré. Poursuivant leur route vers le village pêcheur de Mihonoseki, les voyageurs saluent Ebisu, le Dieu de la mer, des marchands et de la musique. Le Japon et ses secrets sacrés, ses richesses éternelles. La photographie de Sidi-Omar témoigne d’un bonheur du voyage qui ne cesse jamais d’étonner.

 

— LA CHRONIQUE CI-DESSOUS A ÉTÉ PUBLIÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS LE 07 NOVEMBRE 2017 —

Sidi-Omar Alami incarne  la photographie du voyage, celle qui a détonné il y a quelques années plongeant son spectateur dans un espace figé de liberté, de rêves et de possibilités. Sidi-Omar fait partie de cette jeune troupe de photographes qui parcourt le monde en tout indépendance, incarnant notre génération affranchie et déterminée : Manu Fauque ou Jean-Philippe Lebée pour ne citer qu’eux. De retour d’un énième voyage en Écosse, Sidi-Omar nous confie ses photos. Plongée dans un paysage romanesque depuis l’objectif d’un photographe aussi agréable que talentueux.

— L’ARTICLE CI-DESSOUS A ÉTÉ PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS LE 03 FÉVRIER 2015 —

Sidi-Omar Alami avait commencé par des études de médecine. Une année et un échec plus tard, il décide de tout recommencer. Il se lance dans la photographie. L’été dernier, il achète son premier boitier et se met en route pour un long voyage : « J’ai pris mon courage à deux mains et je suis parti seul à l’aventure avec mon sac à dos et mon appareil photo pour aller à la rencontre de ce grand monde qui m’est bien inconnu. »

Des voyages, des rencontres

Ses photographies sont en effet intimement liées aux voyages et aux rencontres. Pas de composition, pas de revendication artistique à part celle de « transmettre une certaine sérénité ». On retrouve de plus en plus aujourd’hui, cette pratique de la photographie, inhérente au quotidien et au lifestyle. Un lifestyle fait de voyages, de souvenirs sur la route, de potes, de bandanas et de longues barbes qui s’approchent d’une vie hippie à laquelle beaucoup de jeunes gens rêvent secrètement. « Mon intention n’est pas de m’enfermer dans un style photographique précis, dit toutefois Sidi-Omar. J’aime les années 70, une époque qui m’inspire beaucoup et que j’aurais aimé vivre. » Pas de statement particulier donc, juste le quotidien d’une jeunesse libre, indécise et fougueuse.

Sidi-Omar mentionne d’ailleurs comme influence le photographe Ryan McGinley, célèbre pour ses photos colorées de nus. Sidi n’évoque pas de photographes lifestyle ou de photographies de voyage. Mais l’on voit à travers ses clichés ce même intérêt que McGinley pour une jeune génération éprise de liberté, et ce même optimisme quant à leur avenir. A l’inverse par exemple des photographes Larry Clark ou Bruce Davidson qui photographiaient leurs amis dans un contexte tragique dont peu pouvaient en sortir.

Sidi-Omar, lui, croit fermement en la fraternité et en « la bonté des hommes ». En commençant son tour du monde seul aux Etats-Unis, à New York, il s’amuse à discuter avec ses compagnons de route à l’aéroport. Arrivé à Manhattan, il rencontre un français dans un bar, assis devant un des matchs de la coupe du monde. Romain travaille dans la finance à Wall Street et l’accueille dans son appartement luxueux sur Broadway. Il lui laisse un double des clés et toute sa confiance. « Je ne me suis jamais retrouvé à la rue », raconte Sidi-Omar. Même pas dans la fureur de New York city et sa vie à mille à l’heure.

Une autre anecdote le marque : un modeste repas partagé avec un SDF new yorkais. « Je suis issu d’une famille très croyante et on dois s’acquitter de l’aumône », explique Sidi qui en profite pour  rappeler que nous ne prenons pas assez le temps d’aller vers les autres. A New York toujours, Sidi-Omar rencontre les membres du groupe de reggae The L81Z qui l’inviteront à venir faire un tour chez eux à Hawaï, où il apprendra par ailleurs les barbecues et le surf.

Ces rencontrent fortuites contribuent au carnet de voyage photographique que Sidi-Omar alimente depuis six mois. Après la Big Apple, Sidi-Omar a rejoint ses amis Emmanuel Rosario, Thibault Lévêque et Théo Gosselin. Ensemble sur la route, ils philosophent sur l’avenir, la vie et la photographie. Sidi a poursuivi sa route en Asie puis en Australie, où il se trouve actuellement.

Les histoires de Sidi sont nombreuses. Mais ce sont ces anecdotes qui constituent sa vie sur la route qui l’inspirent et sur quoi il rebondit pour poser un regard nouveau sur ce monde, « le monde qui en ce moment a tendance à oublier ses valeurs ». On ressent chez le photographe ce besoin d’aller trouver la liberté là où elle réside : dans le voyage et ses multiples histoires à fabriquer puis à raconter. Une photo qui parle de quotidien, de bandes de potes, de voyages et d’exutoires.