Rose Electra Harris[GBR]

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15.04.2019

Interview

par JULIETTE MANTELET

Contrairement à nombreuses de ses collègues illustratrices, Rose Electra Harris ne dessine pas des femmes ou des plantes. Non, son univers à elle est peuplé de meubles et de chaises, d’éléments ordinaires et inanimés de nos vies quotidiennes. Ses dessins sont très colorés, avec une dominance de rose, et sont surtout vides de toute présence humaine. Rose est une anglaise, installée à Londres. Elle est une artiste britannique fortement inspirée par la France et ses peintres, qu’ils soient français d’origine ou de cœur. Dans sa liste, elle cite évidemment Matisse pour ses intérieurs, mais aussi Picasso pour son usage de la couleur. Ses natures mortes font aussi penser à Van Gogh et sa série de chaises vides. Rose a un père antiquaire et une mère designer d’intérieur, d’où son intérêt pour le mobilier, qui évoque pour elle des souvenirs d’enfance heureux. À travers ses dessins, elle réfléchit à la façon dont nous avons tendance à oublier les objets qui nous entourent, alors même qu’ils sont vecteurs d’émotions.

Quel est le thème principal de tes illustrations ?

R :  Je m’intéresse beaucoup à la thématique de la maison, et à ce que la maison signifie et représente pour les gens. Je dessine ce qui m’entoure, où ce qui m’entourait à une époque. J’aime porter de l’attention aux objets de la vie quotidienne. J’ai grandi dans une maison joyeuse, où j’ai eu beaucoup de souvenirs heureux. Quand on est petit on a sa chaise préférée, la chaise de son père sur laquelle il a l’habitude de s’assoir… Les meubles évoquent tellement de choses. Une maison c’est un peu une extension de la personnalité, donc j’adore étudier comment ta décoration peut révéler qui tu es. Je n’ai pas encore mon propre chez moi, mais quand ça sera le cas je veux que cela soit un endroit plein de couleurs, de passions et d’énergie.

Quel est le meuble que tu préfères dessiner ?

R : Sûrement la chaise. Les chaises peuvent avoir tellement de personnalités différentes. J’ai récemment dessiné une « Shell Chair », très élégante, mais qui avait l’air aussi terriblement confortable avec le velours qui la recouvrait. C’est le genre de chaise où tu sais que quand tu vas t’y assoir, cela va être merveilleux. Mais j’adore aussi la chaise de cuisine banale que la plupart des gens possèdent et qui ainsi évoque beaucoup de souvenirs

Tu ne dessines jamais de figures humaines, pourquoi ?

R : Très bonne question ! Déjà, je ne suis pas très douée pour dessiner les gens et puis j’aime aussi l’idée d’avoir un espace qui n’est pas occupé. On voit des preuves que des gens habitent cet espace, mais ils ne sont pas présents dans le cadre. C’est un point auquel je réfléchis souvent… Matisse est mon peindre préféré et dans ses intérieurs il y a généralement des gens, des femmes assises dans de gros fauteuils… Et j’adore cette présence ! Mais je pense que ça n’est pas pour moi pour le moment. Aujourd’hui, je dessine un espace sans distraction qui laisse ainsi l’imagination travailler.

Que souhaites-tu faire ressentir aux gens ?

R : J’aimerais leur faire ressentir de la joie et du bonheur. Je veux qu’ils se remémorent un souvenir, qu’ils aient envie de retourner dans un lieu précis pour retrouver ce meuble particulier. Leur offrir un espace positif où ils peuvent oublier le reste.

Est-ce que les peintres français influencent ton art ?

R : Absolument ! J’ai étudié l’histoire de l’art pendant mes études et on a beaucoup parlé des artistes français. Je suis attirée par ces peintres et par la nature morte depuis toute petite, je ne sais pas vraiment pourquoi. Matisse me surprend à chaque fois que je vois son travail. Il y avait une exposition sur lui à la Tate, avec des œuvres de la fin de sa vie, et j’y suis retournée au moins une quinzaine de fois. Et à chaque visite, j’étais encore étonnée par certaines choses et impressionnée par la façon dont il était encore complètement absorbé par son art même en étant âgé et malade. Il est tellement audacieux dans ses couleurs, c’est très frais et intemporel. Donc ça n’est pas très original, mais je suis vraiment fan de Matisse.

Qu’est-ce que tu aimes le plus dans le fait de vivre à Londres ?

R : J’adore le fait qu’à Londres, tu peux faire énormément d’activités en lien avec l’art. Il y a tellement de galeries qui sont gratuites, tellement d’expositions géniales en permanence, on est très chanceux. C’est une ville pleine d’énergie artistique.

Si tu devais choisir une couleur unique pour dessiner le reste de ta vie ?

R : Cela serait probablement le vert je pense. Le vert pour moi c’est la nature. Le vert foncé et profond m’apaise et me calme. Cette couleur peut se décliner en tellement de teintes.

Pourquoi as-tu décidé de partir quelques mois au Mexique ?

R : J’ai hésité entre le Mexique et le Japon. J’ai choisi le Mexique pour ses couleurs. J’ai voulu relever le challenge d’aller dans un endroit complément différent d’ici pour changer d’environnement. Les couleurs, l’architecture, la nature, la mer, tout y est différent, même les fleurs. J’en dessine beaucoup , donc ça sera l’occasion idéale de varier un peu mon style.