Rachelle Simoneau[CAN]

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19.03.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Rachelle Simoneau est une jeune photographe de mode. Elle réalise des clichés originaux et décalés, à la frontière entre mode et nature morte. Cette photographe d’origine canadienne, désormais installée à Paris a été sélectionnée finaliste au Prix Picto de la Mode en 2017.

RACHELLE à LA FERME

Le style de Rachelle est très épuré, élégant. Elle photographie les modèles de manière figée, comme arrêtés dans leurs gestes. Ils ne sont pas immortalisés dans la vraie vie, en pleine rue de Paris, dans le mouvement et l’effervescence de la capitale. Ils sont saisis dans un ailleurs fabriqué. Dans ses clichés, le temps semble s’être suspendu, on ne saurait en dater la période ou en situer véritablement le lieu. Le cadre est très travaillé, la composition soignée. Rachelle ne cherche pas à cacher la scénarisation de ses photo. Les couleurs très harmonieuses participent à cette impression de toile photographique. Même à travers différentes séries, ses teintes s’accordent toujours parfaitement. Des teintes très claires, lumineuses. La photographe joue avec les couleurs naturelles, beaucoup de beige, du bleu pâle, du blanc et jamais plus de trois teintes par cliché. Ses images très léchées rappellent les photographies pastel et parfaites de Laura Bonnefous.

Les photographies de Rachelle étonnent surtout par leurs cadres décalés. Elle réalise par exemple une série, « Something about farm », dans un terrain abandonné de la Goutte-d’Or où les habitants peuvent venir nourrir des poules. Un endroit atypique, qui lui a tout de suite plu et où les contrastes entre les vêtements et le décor sont saisissants. C’est par ces décalages que Rachelle raconte son histoire visuelle. Le cadre et les objets, trouvés le plus souvent sur place, attirent autant notre attention que le vêtement en lui-même, nous interrogent et provoquent une réflexion plus profonde. Les vêtements proposés par le monde de la mode sont-ils vraiment faits pour être portés dans la vie de tous les jours ? Ces créations ne sont-elles pas un peu loin de la vraie vie ?

Rachelle fait dialoguer les modèles et les environnements, les vêtements et les objets et joue sur le décalage entre ce que l’on attend d’une photo de mode et ce qu’elle en fait. Elle photographie un mannequin avec un appareil dentaire, immortalise une tenue de ville au milieu des poules. Un peu comme les artistes surréalistes, elle imagine un monde absurde aux situations paradoxales. Comme cet homme, à la veste de costume blanche immaculée, au milieu de l’herbe et du foin, une poutre en bois à la main que l’on retrouve aussi en équilibre sur une planche ou encore habillé de manière très soignée, s’amusant avec une balle. Si Liza Evrard, photographe de mode dont nous vous parlions il y a peu, accordait minutieusement l’environnement aux vêtements grâce à des petits détails de textures, Rachelle, elle, préfère trancher, contraster. Son univers mêlant mode et nature évoque aussi les derniers défilés d’une marque comme Chanel, recréant au milieu du Grand Palais une plage, un jardin à la française ou une balade dans les sous-bois… La mode sort de son cadre.

Déco et stylisme : Alison Reid