Paul de Flers[FRA]

  • Peinture
  • La chronique
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28.06.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Paul de Flers est né à Paris. Initialement, il poursuivait des études de droit et puis, finalement en déménageant en Italie, le pays de l’art par excellence, Paul a eu un déclic et s’est alors lancé dans la peinture. La Toscane lui a en quelque sorte amené sa Renaissance. Depuis, il peint les piscines et le bleu à la manière de David Hockney. Ses thèmes de prédilection sont donc les piscines, mais aussi l’architecture moderne et la végétation. Ses inspirations variées vont de Matisse à Giotto sans oublier Gauguin ou Edvard Munch. Paul aime mêler les éléments artificiels et naturels, brouiller le fond et la forme. Ses toiles, mélancoliques, plongent le spectateur dans une atmosphère latente. Le temps suspend son vol.

50 NUANCES DE BLEU

Le bleu est partout chez Paul. C’est ce qu’il appelle si bien « la dominante invariable de ses peintures ». Ce sont d’ailleurs ses bleus que l’on a tout de suite remarqués lors de la London Art Fair où nous avons découvert son travail. Impossible d’en détacher le regard ! Cette couleur est quasiment le sujet principal de ses toiles… On attend, on espère ce bleu, on se questionne sur la prochaine teinte qu’il prendra, on y plonge nos yeux hypnotisés. Les personnages sont figés, ils disparaissent dans la couleur. Ses bleus sont intenses, bouleversants, fascinants et produisent le même effet qu’une toile de Klein. Dans un autre domaine artistique, ils évoquent l’univers de Micky Clément et ses photos suspendues, elles aussi, véritable célébration de la puissance du bleu. Pour peindre, Paul utilise des pigments purs sur une toile de lin, d’où l’intensité vibrante de ses couleurs. Parmi les pigments ses favoris sont le bleu de céruléum et le bleu de manganèse, avec ses sous tons verts, pour recréer l’aspect chimique des piscines… Le bleu outremer profond pour peindre la nature. Paul privilégie les couleurs froides, alors même que ses toiles sont inspirées par l’Italie et le Brésil, où il aussi vécu. On attendrait donc plutôt de l’orange, du jaune. Mais pour Paul, pas besoin pour reproduire l’idée de la chaleur et la pesanteur de l’air de teintes chaudes. Au contraire selon lui, « les teintes froides compensent le tropicalisme du sujet et le rende moins étouffant, plus reposant, plus calme ». Car c’est offrir aux regards un monde suspendu qui intéresse l’artiste.

SFUMATO

Paul décrit ses œuvres ainsi : « Mes toiles veulent représenter des atmosphères vécues ». Ce n’est pas l’humain qui l’intéresse mais bien l’ambiance, d’où l’importance des teintes, et cette impression que l’homme disparaît dans un flot bleu. Paul utilise la figure humaine simplement car pour lui, comme en littérature, le public a besoin d’un « narrateur » pour entrer dans le récit. Mais le peintre mêle le fond et la forme, l’être et le naturel grâce à une technique bien spécifique. En parlant de Renaissance et de la Toscane, Paul reprend justement le célèbre sfumato de Léonard de Vinci et de sa Joconde. Dans le monde de Paul tout semble brouillé. Les formes humaines, les contours sont flous. Comme vus par des yeux remplis de larmes, des yeux nostalgiques. Le sfumato confère aux scènes cette impression d’atmosphère suspendue qu’il recherche tant. Le temps est arrêté comme le mouvement des nageurs, figé en plein effort. Paul aime « quand les figures ou les paysages sont littéralement mangés par les strates de couleurs, c’est selon moi le rendu plus véridique du sujet car il l’intègre totalement et complètement dans l’environnement ». Et c’est pour cela que le peintre met entre un et deux mois pour réaliser une grande toile, cherchant à ce que les différentes couches petit à petit se superposent, entrent partiellement dans la forme pour créer ce flou. Le flou des souvenirs brouillés par le temps, réinterprétés par la mémoire.