Mischelle Moy[USA]

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18.06.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Si Léa Taillefert faisait exploser les couleurs avec sa palette numérique illustrée, Mischelle Moy poursuit le mouvement et s’inscrit parfaitement dans cette tendance flamboyante. Mischelle photographie à l’infrarouge et pousse à l’extrême les couleurs de ses photographies, c’est sa marque de fabrique. Elle donne un air de coucher de soleil à tous les paysages, elle accentue les couleurs de la vie pour créer un monde photographique dans lequel on se perdrait bien, un monde très à la mode, haut en couleurs et en retouches, un monde hautement instagrammable, une réalité embellie par les filtres. Le ciel est rose ou orange, c’est la golden hour forever. Pas besoin de beaucoup de mots, ça se contemple avant tout.

GOLDEN HOUR FEVER

Mischelle, photographe 100 % ancrée dans son époque, imagine à travers ses images le feed parfait. Celui dont les couleurs font rêver et éblouissent, celui qui nous emmène très loin. De New York à la jungle tropicale, tout y passe. Elle embellit et transforme avec l’infrarouge. Comme les surréalistes, elle conçoit une réalité différente où les couleurs et lumières habituelles n’ont plus lieu d’être.

Mischelle a trouvé sa patte d’artiste à travers cette technique de photographie infrarouge et cette post-production extrême. Après un projet de fin d’études assez lourd et émotif sur son identité américano-asiatique et son rôle en tant que premier-né de la première génération, elle raconte avoir eu besoin de s’évader, de fuir ses problèmes et de « trouver son paradis ». Ses photos actuelles font donc partie d’un processus thérapeutique, c’est un univers parallèle positif. Pour la photographe son monde est « semblable au nôtre, il reflète le nôtre mais il est plus particulier, plus spécial ». Elle décrit partir des couleurs déjà présentes sur la photo, « qui attendent d’être révélées » et les accentuer, arrêtant la retouche lorsqu’elle estime que l’équilibre est bon entre les palettes chaudes et les teintes froides. Entre imaginaire et réalité, elle améliore notre monde et transforme des paysages réels en paysages rêvés.

SUNSET LOVERS

Comme chez l’illustratrice Léa Taillefert, héritière du Fauvisme, le rouge et l’orange dominent. Rien d’étonnant, les couchers de soleil sont une grosse source d’inspiration pour Mischelle qui transforme chaque moment en un coucher de soleil éternel. En effet, elle vit à New York, une ville où selon elle, on lève rarement les yeux… Sauf pour un beau coucher de soleil ! Elle décrit alors un instant magique où le temps s’arrête dans la Big Apple et où tout le monde lève les yeux pour contempler le ciel flambant. Pour Mischelle, c’est un moment d’union, chargé d’émotions chaleureuses et apaisantes, la fin d’un jour et la promesse d’un lendemain. On est toujours détendu devant un coucher de soleil, on ressent ce sentiment de vie incroyable et on se sent éternel. Mischelle l’accentue avec ces ciels orangés splendides sur une jungle vert turquoise fluorescente ou par ce rose parfait au-dessus de New York… Elle le prolonge à l’infini et fige le ciel dans cet instant magique.

La jeune américaine appartient à une catégorie d’artistes qui souhaite avant tout s’évader, partir vers un autre monde, améliorer le nôtre. Ainsi, elle se rapproche d’artistes comme Paul Hoi ou Kate Ballis, que nous présentions il y a déjà quelques temps. Des photographes imaginant une surréalité autour de paysages bien réels, produisant ainsi des paysages bien à eux où le rose domine. Ils utilisent d’autres couleurs pour révéler la beauté cachée de notre monde, ils ajoutent le bon filtre. Cette envie d’évasion et d’un échappatoire paradisiaque semble symptomatique d’une génération qui a de lourds problèmes à affronter, notamment écologiques. Leur technique à eux constitue à inventer un autre monde plus esthétique, pour célébrer d’une pierre deux coups la beauté de notre planète, base de leur travail. Mischelle le rappelle, notre monde est magnifique avec ses montagnes, ses prairies verdoyantes… Et elle conclue, « Travailler sur ces photos me rappelle qu’il y a un monde plus grand en dehors de ma petite bulle ». Levez les yeux !