Maxime Massare[FRA]

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13.09.2019

Interview

par Pauline Guillonneau

En plus d’être mon ami d’enfance, Maxime Massare est réalisateur. L’aspiration poétique, il imagine des scènes lancinantes, toujours doucereuses bien que souvent troublantes. Peut-être parce que le vide n’est jamais loin ? Largement inspiré par les contrées du Soleil Levant, Maxime nous offre le visionnage de son dernier film, « Hana Nashi » : un Lost In Translation entre les mondes du rêve et du langage humain (et surtout, japonais).

« Hana Nashi », qu’est-ce que ça signifie?

Ça veut dire « Sans fleur » en japonais.

Comment t’est venue l’idée d’une île aux fleurs, une île des rêveurs ?

C’est une idée qui m’est restée en tête à la suite à une exposition. Je crois que c’était la légende d’une photographie qui m’a plus inspirée que la photo en elle-même.

Quel est ton rapport au rêve ? Te souviens-tu du dernier ?

Pour moi, les rêves sont la force de l’existence et en même temps, ils m’effraient énormément. Ils peuvent renfermer tout ce qui vous anime et en même temps tout ce que vous avez perdu. Je pense qu’ici, « Hana Nashi » parle de la perte et où le rêve est un endroit où nos souvenirs peuvent exister encore un peu.

Quant à mon dernier rêve, c’est un secret. Il sera ma prochaine étude !

Et ton rapport aux fleurs ?

Mon rapport aux fleurs est certainement romantique. Il me vient d’une personne qui avait l’art de les rendre importantes. Elle m’a ainsi appris à y faire attention.

Comment t’es-tu inspiré pour écrire le texte, LU EN voix off ?

Le texte m’est venu au retour de mon voyage du Japon. J’ai été fortement influencé par mon ex-copine dans beaucoup de mes travaux. Elle rêvait toutes les nuits de manière intense, comme si elle vivait une expérience totale. L’univers de ses rêves était parfaitement établi et l’action presque linéaire, bien que totalement fantasmagorique. Alors que de mon côté, mes rêves sont souvent chaotiques et brusques. Ça m’a vraiment donné envie de me projeter dans le monde du rêve : comment peut-on s’y perdre ? Que peut-on y trouver ? Un intérêt qui a peu à peu développé chez moi une espérance dans le monde du rêve.

COMMENT es-tu tombé amoureux du Japon ?

Le japon m’est tombé dessus à la bonne période, je dirais. Un voyage palpitant au coeur d’un pays qui m’a ouvert un peu plus sur l’étendu, la richesse et les possibles de la nature humaine. Quand on voyage, on remet tout à plat : ses bases, ses croyances, sa manière de transmettre ses émotions. Le Japon était le pays idéal pour parfaire cette idée de sensibilité et de rêverie.

Les mots japonais sont plus imagés que les mots latins, ils fonctionnent quasiment comme des concepts à part entière. Il était essentiel pour toi de mettre en images celui de ‘Hana Nashi’ ?

Oui, c’est assez passionnant de voir à quel point la langue japonaise peut être vertigineuse. Autant par ses possibilités de composition que par sa poésie. Mais je ne l’explique pas ni ne l’assimile dans le film. Je pense qu’ « Hana Nashi » est un sentiment avant tout, une douce sensation née durant une période précise où j’ai voyagé au Japon et qui a perduré par la suite.

J’ai eu la chance d’avoir à mes côtés Aya (l’actrice) et Yukié Yukiy qui m’ont permis de réaliser la traduction en japonais. Ce fut le plus gros du travail de ce film et l’un des plus passionnant : parvenir à retranscrire l’émotion de cette histoire, en passant du français au japonais. Et surtout, comment ne pas perdre l’essence même d’une phrase, alors que cette idée ne fait pas sens dans l’esprit japonais ?

Sans les fleurs, la ville. Et derrière la poésie et la solitude que l’on détecte dans le film. on imagine la multitude, la frénésie. Comment montre-t-on cette dichotomie en images ?

Dans le film, tout passe par l’expression corporelle et le son qui entoure notre personnage. Bien que nous sommes dans un univers totalement fantasmé, on reste au plus proche de sa sensation. Les grandes villes ont toujours été des personnages regorgeant de solitude au cinéma. Pour moi, c’est un fait, nous sommes des individus à part entière et donc seuls en finalité. Que ce soit dans nos rêves ou dans nos réalités.