Marion Poujade[FRA]

  • Peinture
  • L'interview
Envie de créer un projet avec cet artiste ?
Contactez-nous
25.10.2021

Interview

par Julie Le Minor

Marion Poujade, la grande bouffe

Graphiste, peintre et illustratrice, Marion Poujade fait partie de ces hédonistes de la table. Ses peintures, aussi gourmandes que généreuses, sont comme une invitation à la grande bouffe. Mais contrairement au film de Marco Ferreri, La Grande Bouffe, orgie cinématographique de 1973 où l’on mange jusqu’à ce que mort s’ensuive, les grandes tablées de Marion sont des scènes de joie et de convivialité. Parce que la cuisine, c’est aussi l’art de bien vivre et de bien s’entourer. L’art de refaire le monde.

Hello Marion, on est très contente de conclure ce chapitre food avec toi ! Pour commencer, peux-tu nous raconter comment tu es devenue peintre… C’était une vocation ?

Je viens du Sud, entre Toulon et Hyères-les-Palmiers. Je suis venue à Paris après un BTS en Design Graphique et un Master en Design Global à Lyon pour rejoindre le collectif pluridisciplinaire Ne Rougissez Pas! à Paris qui regroupe plusieurs techniques de création artisanale : décors, mobiliers, sérigraphie, édition… La peinture, je la pratique sur mon temps libre. Petite, j’en faisais un peu avec ma grand-mère qui peint depuis très longtemps et dont j’admire le travail, puis j’ai tout arrêté pendant mes études. Finalement, je m’y suis remise l’année dernière pendant le premier confinement dont j’ai profité pour approfondir ma technique. J’avais besoin de me fabriquer une petite bulle et de créer quelque chose de personnel, puis petit à petit c’est devenu une pratique régulière difficile à arrêter.

Tes œuvres sont comme une ode au savoureux, au délicieux, au gourmand où le beau se mêle au bon. Comment la cuisine est-t-elle devenue ton principal sujet d’inspiration ?

Je viens d’une famille dans laquelle on cuisine bien et souvent ! Les (grands) repas sont des moments importants qui nous permettent de nous réunir et on m’a transmis ce goût pour les grandes tablées conviviales. Je prends énormément de plaisir à cuisiner, à ré-éditer mes recettes de famille, à en tester ou à en inventer de nouvelles. J’aime que les plats soient bien présentés, que les assiettes soient jolies, le tout dressé sur une table qui donne envie. J’ai d’ailleurs repris la peinture en dessinant mes repas ! Durant le confinement, on était souvent beaucoup en cuisine et à table, ces moments-là rendaient les journées un peu plus sympa. Cela m’a donné envie de tester de nouveaux plats et recettes, puis j’ai commencé à peindre ce que je voyais et à imaginer quel serait le prochain repas en fonction de ce que je voulais peindre…

De l’incontournable homard, qui n’est pas sans rappeler le fameux Téléphone-Homard de Dali, à l’Aïoli en passant par une belle tranche de pâté, tu peins toutes sortes de mets. Pourquoi est-ce si amusant de peindre des aliments et des ingrédients de cuisine ?

C’est génial car l’inspiration est infinie, c’est toujours un nouveau défi. À chaque fois, ce sont de nouveaux dressages, formes, textures, couleurs…. Mais aujourd’hui, j’ai aussi envie d’essayer autre chose, sortir un peu de ce thème culinaire.

Parle-nous un peu de ton processus créatif… Comment imagines-tu et conçois une œuvre ?

Toutes mes peintures sont réalisées à partir de photos, je n’invente quasiment pas la composition, ou bien je passe par des croquis au crayon en petits formats. Quand j’ai une photo de référence, je travaille directement sur le support final. Presque toutes mes peintures sont réalisées à l’acrylique, sur papier ou sur toile, mais dernièrement j’ai fait des essais à la gouache et j’ai bien envie de creuser un peu plus cette technique.

Comment parviens-tu à renouveler ces scènes culinaires à chaque fois ?

Durant le confinement, les assiettes étaient plus ou moins simples, puis, j’ai retrouvé des photos plus anciennes – des pique-niques, des repas de vacances, des moments entres potes – que j’ai eu envie de revivre à travers la peinture. A l’inverse, il y a aussi les tables que j’ai dressé simplement parce que j’avais une idée ou une envie en tête, celles-là ne sont pas spécialement porteuses de souvenirs, ce sont des recherches, des tests.

Tes œuvres sont donc très personnelles…

La peinture est un moyen de prendre du temps pour moi. Les scènes que je représente sont souvent des instants-souvenirs dans lesquels je peux m’échapper. Ce sont des natures mortes vivantes ! Les repas sont aussi souvent l’occasion de rencontres, d’échanges ou de retrouvailles. Ces peintures sont comme une invitation à partager un moment intime et gourmand.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

Ma grand-mère ! Je suis fascinée par la manière qu’elle a de peindre les visages, les natures mortes de bouquets et même les paysages. Je retrouve parfois dans mes images le même traitement des ombres, des lumières ou des transparences. Pour les classiques, j’admire beaucoup Cézanne, ses toiles de la Sainte Victoire et ses natures mortes.

Quel est selon toi l’aliment le plus inspirant à représenter ?

Les fruits de mer ! Plein de couleurs, de textures et de formes bizarres… J’adore !

As-tu des œuvres en tête qui figurent l’art de la table ?

“Les Canotiers de la Meurthe” peint par Emile Friant en 1887. La table est plutôt vide mais j’ai tout de suite été happée par cette peinture quand je l’ai découverte au Musée des Beaux-Arts de Nancy. On dirait presque une photo, on a juste envie de prendre un morceau de pain dans cette miche immense et de s’installer à table.

Que penses-tu de la nouvelle hype autour de la cuisine ?

Ça m’inspire beaucoup ! En tant que graphiste (fan de cuisine), je trouve que c’est génial de découvrir tant de belles images et de scénographies autour des assiettes et des produits. La cuisine réunit tout le monde. Du plat de pâtes classique de retour de soirée au dîner gastro, en passant par le gratin dauphinois de grand-mère, c’est quelque chose qui mérite de prendre de la place et dont on ne peut pas se lasser.

Et maintenant un portrait chinois pour découvrir la foodista qui est en toi !

Tafmag : Petit-déjeuner, déjeuner ou dîner ?
MJ : Dîner !
Home ou restaurant ?
Home !
Date ou crew ?
Crew !
Ta recette préférée ?
Le pot-au-feu !
Ton resto préféré ?
Il y en a trop, ça dépend du moment. Les artistes du raviolis (Paris 3) : leurs raviolis ont été le sujet d’une de mes peintures, et ils sont parfaits pour un dimanche midi tranquille. Le Maquis (Paris 18) pour un dîner en amoureux. Le Marcheur de Planète (Paris 11) pour une planche entre amis avec du bon vin.
Ton péché mignon ?
Le chocolat noir (avec les éclats de fèves de cacao).
Ton meilleur souvenir cette année ?
Un pique-nique où nous étions seuls au monde sur la plage à Molène en Bretagne.
Ton compte Insta favori ?
Il y en a plein ! Je trouve génial le compte de Maison Vérot et leurs fabuleux pâtés ou terrines qu’ils façonnent et mettent en scène presque comme des bijoux. J’aime aussi beaucoup le compte Artis Office, plein de tablées qui donnent juste envie de s’y installer.
3 mots pour définir tes œuvres ?
Généreuses, ensoleillées, vivantes.
Et le mot food de la fin ?
À table !