Maia Flore[FRA]

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14.05.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

En se baladant sous le dôme du Grand Palais à l’occasion de la foire Art Paris Art Fair, une photo nous a interpelées et fait nous arrêter. Une femme en rouge, de dos, face à un paysage de nature sauvage. Une sorte de contemplation digne du « Voyageur contemplant une mer de nuages » de Caspar Friedrich. Une image poétique, douce, romantique… Tout le travail de Maia Flore, photographe française formée aux Gobelins et membre de l’Agence Vu, possède ce charme intemporel et émotif. C’est un univers construit de toutes pièces, balançant entre tableau et photo, réel et rêve, nature et humain, corps et espace. Un jeu artistique permanent qui a déjà permis à Maia de remporter en 2015 le prix HSBC pour la photographie.

TROP BEAU POUR ÊTRE VRAI

Avec son art, Maia souhaite avant tout s’amuser. Elle joue autour de la création, oscillant entre les supports, les sujets. Elle explique vouloir se servir de la part documentaire de la photographie pour parvenir à un univers complètement surréaliste. De même, elle mélange le portrait et le paysage, l’homme et la nature. Ses photographies ne sont pas spontanées, elles sont le fruit de réflexions et sont de pures compositions. Des histoires imagées si bien agencées, et où le corps semble trouver si exactement sa place dans l’espace, que l’on dirait parfois de véritables tableaux. Elle y ajoute aussi parfois de la peinture ou réalise des collages. Comme dirait Lomepal, l’univers de Maia est « trop beau pour être vrai », c’est un monde imaginaire et surréaliste. La jeune femme accorde une grande importance aux rêves, qu’ils soient du jour ou de la nuit. Elle les note le matin en se levant, les relit… Ils l’inspirent, au même titre que les artistes surréalistes qu’elle a découverts à son adolescence. Elle retrace cette rencontre magique : « J’ai eu l’impression de découvrir une partie de ma famille, la famille qu’on peut choisir, celle avec qui j’avais envie de discuter et d’apprendre… » C’est une évidence, tout lui parle dans ce mouvement artistique. Elle aussi adore mêler rêve et réalité, et souhaite que son public se demande toujours : « Est-ce que cette scène aurait pu arriver ? ». Elle ajoute avec humour qu’elle aime ne pas porter ses lunettes pour « ne pas voir grand-chose » et ainsi pouvoir recréer entièrement le monde devant elle.

Dans ses photographies composées, Maia intervient. C’est elle qui pose dans des tenues colorées, touche d’humanité dans les paysages. Cette présence de la photographe nécessite donc une technique particulière. Maia n’est pas derrière la caméra. Elle pose son appareil sur un trépied et le manie à l’aide d’une télécommande tout en prenant la pause. Elle aime jouer ce rôle d’actrice, un métier qu’elle voulait exercer plus jeune et qui l’obsède car il offre la possibilité de devenir quelqu’un d’autre. « J’aime perdre la tête, perdre l’équilibre, ne plus me soucier du temps lorsque je suis devant l’appareil et que tout est possible », décrit-elle. Ses images ne sont pas conçues comme des autoportraits, Maia est en effet presque toujours de dos ou de profil et on ne voit jamais son visage. Elle semble danser, s’exprimer entièrement avec son corps, dans un dialogue superbe entre corps humain et territoires naturels.

À L’UNISSON

Dans sa série « By The Sea », Maia nous emmène sur les littoraux français, dans des paysages déserts, doux, aux couleurs léchées et désaturées qui rappellent les plages d’Alexandre Chamelat. Dans ces paysages, une femme s’intègre avec évidence, le corps dansant et virevoltant, petite tâche de couleur vive. Maia tente de recréer par ses compositions l’instant décisif, celui où son corps, les couleurs et les lumières interagissent parfaitement. Elle veut faire s’émouvoir son spectateur grâce à la bonne photo, celle où tout coïncide et s’équilibre. Elle crée des environnements « plaisants pour les yeux », esthétiques et graphiques. Un peu comme le duo Tropico Photo et leurs photos parfaites où homme et architecture se répondent. Une narration née avec les images. Maia cite l’expression anglaise « to embody », faire corps, traduction exacte de ses photos.

La photographe ne défend pas un discours politique ou écologiste. Mais dans ses compositions, elle propose une harmonie idéale entre homme et nature que l’on ne peut qu’admirer et souhaiter. Le corps humain ne domine pas le paysage, il ne le modifie pas, il s’y fond en douceur, prenant la position qui colle, imitant la nature sans la bouleverser. Comme cette position allongée en biais qui suit le mouvement du bâtiment, ou ce mouvement des bras mimant la ligne entre sable et ciel. L’extrême douceur des tons, cette harmonie totale entre femme et paysage où rien ne heurte les yeux, cette proximité de la nature créent une poésie irréelle, un monde plus équilibré, loin de l’actualité crue. Cette série fut commandée à la jeune femme pour mettre en valeur le littoral français. Maia rend hommage à sa beauté et, en le remettant ainsi en valeur par son œil de photographe, rappelle aussi que l’on n’a pas besoin d’aller au bout du monde pour s’émerveiller. « Il faut redécouvrir ce que l’on peut parfois prendre comme acquis » conclue-t-elle.