Macadam Crocodile[FRA]

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Après les avoir vu électriser La Douve Blanche et Pete the Monkey, on a eu une envie irrésistible de rencontrer les deux compères du projet musical Macadam Crocodile, aux chemises hawaïennes et au sens de l’humour à toute épreuve, décontractés et talentueux. Leur musique, à expérimenter en live, ondule de la trance au disco et ne laisse personne indifférent. Impossible de ne pas se déhancher en leur compagnie !

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27.07.2018

Interview

par Juliette Mantelet

Du live avant toute chose

Vincent et Xavier se connaissent depuis leurs années lycée, où ils faisaient déjà des « jams » ensemble. Ils ont ensuite tous les deux fait partie de plusieurs groupes, Gush pour l’un, Brülin pour l’autre. Aujourd’hui, ils possèdent une vraie maîtrise de la scène et ont l’envie puissante de jouer en live et de vivre la musique avant tout comme un moment éphémère et précieux, à savourer.

Suivant ce désir de spontanéité, ils ont lancé Macadam Crocodile, un projet qui se vit essentiellement en concerts. Et quels concerts ! Xavier et Vincent enchaînent leurs différents sons ultra dynamiques et positifs, sans s’arrêter, un peu à la manière d’un DJ set et envoient une énergie folle. Tout le public est conquis, personne ne résiste. Petit à petit tous les corps se déchainent et on passe un très bon moment, on a le sourire. Et les petits mouvements de danse esquissés par Xavier sur scène ne gâchent rien, bien au contraire.

Ambiance détendue, donc pour notre rencontre, on est à l’aise et on rit beaucoup. Entre deux blagues, le duo nous explique sa vision de la musique et nous confie aussi son envie de s’amuser en faisant danser la France. Un conseil, si vous voulez vous défouler cet été, passez les voir sur une de leurs dates. Garantie satisfait… ou satisfait !

 

Comment vous êtes-vous rencontrés ? Et comment vous est-venue l’idée de monter ce projet musical ?

V : En fait on se connaît depuis longtemps. On a eu un premier groupe au lycée ensemble, un groupe de reprises de blues. Ensuite, on a chacun eu des projets de notre côté. Comme on est bons amis, on a toujours gardé contact. On a continué à « jammer » ensemble. Jusqu’à se dire un jour : « Si on prend autant de plaisir à faire de la musique ensemble, allons-y, essayons de faire quelque chose ». Et puis on a réussi ! (Rires)

X : Pour moi, c’était vraiment un moment où j’avais besoin de ça. J’étais dans un groupe qui marchait pas mal, Gush, et on était à fond dans cette optique de faire des disques, d’enregistrer. C’était super, mais j’avais besoin de retrouver ce côté plus spontané. Et c’est pour ça qu’un été, on a commencé à se retrouver. J’allais souvent chez Vincent pour ça, ce moment où on était là à triper, juste pour la musique. C’était un vrai besoin pour moi de retrouver une connexion musicale assez simple, spontanée, sans vrai cadre.

V : Le moment sans forcément de projet.

X : Et on a fait ça pendant longtemps avant de se dire : « Tiens, pourquoi on ne ferait pas un groupe ? ».

 

« Macadam Crocodile », pourquoi ce nom ?

X : Le nom est arrivé après. On a fait un « brainstorming » (Rires).

V : On a cherché, on aimait bien la trance, on voulait quelque chose d’axé, encore une fois, sur le spontané. On a cherché une sorte d’ambivalence. Parce qu’on faisait une musique dansante, mais assez urbaine. On voulait aussi un nom qui représentait quelque chose de plus brutal.

X : Et animal !

V : Brutal dans le sens de brut. Du coup on a fait un « brainstorming » et on a trouvé un nom qui représentait un peu les deux et qui les mettait un peu en contradiction. Ce qui nous va extrêmement bien.

X : Entre urbain et reptile, ce qui nous correspond très bien.

« C’est vrai qu’en général quand il fait une blague, je rigole » – Vincent

Entre vous, vous êtes aussi parfois en contradiction ?

X : On n’est pas tout le temps d’accord. Vincent n’est même jamais d’accord avec moi.

V : De base, je ne suis jamais d’accord (Rires). Je dis tout le temps non et lui, il dit tout le temps oui et parfois c’est l’inverse et on se retrouve sur ces petits trucs et on crée notre projet autour de ça.

X : Mais je dois avouer qu’on est quand même assez complémentaires. On a chacun nos qualités avec une sorte de cercle un peu commun sur lequel on se retrouve notamment autour de la musique et de l’humour. On a un esprit très commun avec en plus chacun nos propres bagages.

V : C’est vrai qu’en général quand il fait une blague, je rigole.

X : À deux dans une voiture, même la bagnole éclate de rires.

 

Comment définiriez-vous cette expérience musicale ?

X : Spontanée, c’est bien !

V : J’ai tendance à dire, mais ça n’est pas très vendeur, que c’est une sorte d’animation musicale. On essaie presque de s’effacer pour laisser la place à la danse et on veut que les gens se sentent libres de danser, de boire une bière, de parler à leurs potes. On essaie de créer une ambiance à travers notre musique, une trance positive.

X : On veut faire partie de la fête plutôt qu’être le centre de l’attention. Il y a un côté très improvisé, dans l’écoute, très musical.

V : Le style proprement dit, c’est un mélange de beaucoup d’influences comme on a écouté plein de musiques différentes chacun de notre côté. Disco, afro-beat, parfois même un peu new wave, très électro, très trance.

X : On essaie aussi de faire vraiment comme un DJ-set, sauf qu’on joue. Ça n’est pas des chansons qui s’arrêtent et puis on passe à la suivante, ça s’enchaîne.

« À deux dans une voiture, même la bagnole éclate de rires » – Xavier

Que voulez-vous faire ressentir au public à travers vos paroles ?

X :  Au tout début, il n’y avait vraiment pas de paroles. C’était juste des cris, ça sortait comme ça. Et puis après des images, des idées sont venues, mais ça reste un peu évasif. Notre titre « From The Dark Night To The Bright Light », il y a plein de lectures possibles.

V : C’est assez onirique. Il n’y a pas forcément de thèmes spécifiques, on n’est pas dans une revendication politique ou quoique ce soit. On choisit des thèmes qui sont plutôt de l’ordre du positif et de l’émancipation. Se dépasser un peu.

X : Travailler sur soi ! Des fois on se fait un petit peu chamane, on nous l’a déjà dit, un peu ésotérique. On ne raconte pas d’histoire, mais parfois avec la répétition des mots un peu comme des mantras ou des gestes de danse, il y a des choses qui se passent dans le cerveau. On accède à des sortes d’états un peu excitants et qui peuvent nous détendre, nous faire ressentir de bonnes choses.

 

Vous avez été pendant longtemps un duo musical qui ne souhaitait pas enregistrer, c’est un peu insolite non ? 

X : C’est parce qu’on n’avait pas monté ce projet pour faire une carrière, un disque, des albums. On avait juste envie de jouer spontanément et de partager ça avec les gens.

V : C’est une démarche moins conventionnelle mais qui nous allait bien aussi puisque ce groupe s’est fondé de manière particulière, qu’on fait une musique particulière et qu’on a aussi une position particulière où l’on ne souhaite pas se mettre en avant. On veut être un événement, on veut être un moment et ce moment il faut venir le partager sur scène. Le travail en studio et quelque chose de très différent, même si on adore ça aussi.

X : On adore ça ! On a quand même enregistré un titre et je pense qu’on va en enregistrer d’autres. Mais on ne veut pas sortir un album. On veut sortir nos titres quand ça nous chante. On veut être « directs producteurs », comme des maraîchers, être artisans.

V : Après on nous a souvent demandé des enregistrements et on avait essayé quelques fois d’enregistrer des lives, des concerts ou des trucs comme ça. Mais en fait, c’était un travail assez compliqué, on n’avait pas encore trouvé une méthode enthousiasmante pour sortir un morceau. Car les thèmes varient d’un live à l’autre. Mais finalement on a trouvé une formule sympa.

X : En fait, on a enregistré le live, mais dans notre studio. On est assez fiers de ce qu’on a fait.

V : C’est un format hybride entre un enregistrement froid où tu es deux dans un studio et le live. On est auto-producteurs.

« On veut que les gens se sentent libres de danser, de boire une bière, de parler à leurs potes. »

Donc il y aura d’autres enregistrements bientôt ?

V : Sûrement. Finalement, on aime bien ce concept de se dire : « Allez on sort un morceau. Tiens on peut en sortir un autre si on veut ».

X : Mais on n’est pas sous le joug d’une pression de sortir un disque. On n’a pas besoin de ça pour exister. Si on le fait c’est parce qu’on en a envie, parce qu’on aime aussi beaucoup le studio.

V : Il y a eu cette compil et ça nous a mis un coup de boost pour se dire : « Allez on le fait, essayons ! ». Mais toute la tournée d’été s’est faite sans qu’on ait besoin de sortir quoi que ce soit en ligne. Ça veut dire qu’on s’est trouvés, que l’effet Macadam Crocodile fonctionne dans le milieu.

 

Justement, comment on fait pour se faire connaître sans ces rouages traditionnels du clip, de l’album auxquels le public est habitué ?

V : Je pense qu’il y a un concept assez lié à l’événementiel. On a joué dans des endroits où on n’était pas spécialement très connus. Et puis on a cette science du live. On arrive, on joue, on met une ambiance. À chaque concert qu’on a fait, on a reçu beaucoup d’enthousiasme, des gens qui nous appellent et des contacts qui nous rappellent pour refaire des concerts. Juste en jouant quelque part, ça nous donne l’opportunité de rejouer à cet endroit, de trouver d’autres endroits où jouer sans forcément avoir un gros public derrière qui nous suit parce qu’il adore nos morceaux.

X : Oui, c’est vraiment passé par le live. Parce quand on est un groupe traditionnel, il y a des chansons et les gens viennent écouter les chansons qu’ils connaissent. Mais quand on voit les DJs, il y en a plein qui tournent sans n’avoir rien sorti. Parce que leur métier c’est de faire danser les gens. Et en fait, c’est aussi comme ça qu’on a commencé, notre but c’était de faire danser les gens. Quelque part on remplace les DJs, en jouant.

 

Ce positionnement de privilégier le live, c’est aussi un acte engagé contre le système musical ?

V : Je trouve personnellement que la stratégie du disque est une stratégie assez morte et qui pourtant continuer à appuyer. Et pour moi, la manière de consommer la musique aujourd’hui est assez éphémère. Les gens écoutent un morceau, ils n’écoutent même pas vraiment les autres morceaux du groupe, tout va très vite. Donc finalement, avoir une stratégie de live, avec de plus en plus de gens qui viennent au live, et qui sont contents de voir un groupe qui privilégie le live, plutôt qu’un groupe qui sort un disque parce qu’on a mis de l’argent sur le disque et qui doivent ensuite monter sur scène en juste deux semaines. Il y a des artistes qui montent sur scène sans avoir cette expérience-là, alors que nous, avant tout, on aime faire de la musique en live.

X : On a beaucoup vécu au contact des maisons de disque, donc il y a aussi cette volonté de rester indépendant. Je reprends cette expression du « direct producteur », le maraîcher. C’est quelque chose qui nous va bien, au-delà même de la musique. On essaye de s’ouvrir dans la manière de commercer. On fait aussi attention aux produits qu’on achète et ça va aussi un peu dans cette direction.

V : C’est toujours l’idée de proposer quelque chose de différent et de prolonger cette petite différence. Et puis là par exemple, pour un CD produit par une grosse maison de disque qui met beaucoup d’argent pour ça, l’artiste il va simplement toucher 1€ sur le disque. Nous, on met un morceau sur Internet qui va coûter 1€, on va toucher 80 cts. Il y a un rapport plus facile pour produire et donner directement. Et puis le morceau on va prendre le temps de bien le faire.

 

Comment vous préparez-vous pour deux heures de live non-stop ?

X : Des fois je me dis : « Mais merde, comment on va tenir deux heures avec ces quatre boucles ». Parce que j’étais habitué aux setlists très précises. C’est un peu risqué mais ça se passe toujours très bien.

V : Je crois qu’on se prépare aussi différemment. Moi j’aime bien penser complétement à autre chose avant les concerts, être complétement ailleurs. Et puis « paf », c’est le moment, cinq minutes de concentration, on revoit nos petits ordres et nos enchaînements. Il faut aussi s’adapter à la durée, on ne va pas tenir la première boucle trente minutes, si c’est un set de quarante-cinq minutes.

X : Des fois on jouait trois heures dans des petits bars jusqu’à ce qu’on soit mort (Rires). On a des boucles musicales et avant le concert on se dit : « On commence par ça, on met celui-là plutôt en deuxième ou en troisième ».

V : Cela n’est pas complètement improvisé du jour au lendemain ! Mais les prises de risque sont importantes aussi. La prise de risque fait appel à d’autres énergies, elle génère un peu de peur qui peut t’amener vraiment ailleurs. Le fait de créer des cassures et bien cela peut offrir que la demi-heure d’après peut prendre une toute autre tournure.

 

Pourquoi venir vous voir en live ?

X : On va essayer de faire danser les gens, de les faire transpirer.

V : Passer un bon moment ! On génère une sorte de bonne humeur parce que nous-mêmes, quand on monte sur scène, on est contents.

X : À partir du moment où on se met à jouer, même si il n’y a que dix personnes, on va se donner à fond. Si vous avez envie de danser, on est un groupe pour ça.

V : Souvent après les concerts on vient nous dire : « Ah mais c’est génial, vous souriez tout le temps, ça se voit que vous êtes trop contents ». Et ça revient très souvent parce qu’en fait, on est vraiment contents (Rires).

« Si vous avez envie de danser, on est un groupe pour ça ! »

 

En quoi vos expériences musicales précédentes, Gush, Brülin, vous ont conduit à créer « Macadam Crocodile » ?

X : J’ai passé 15 ans de vie à quatre avec Gush, c’était une vraie école de la vie. Tu apprends beaucoup sur toi et du coup, aujourd’hui, ça me fait du bien d’être à deux sur les décisions, je trouve ça cool. Je sais aussi à quel point les relations intimes, 24h sur 24h avec quelqu’un, sont un travail en permanence et j’en suis aujourd’hui beaucoup plus conscient dans notre groupe avec Vincent. Dès qu’il y a un petit truc je lui dis qu’il faut qu’on en parle et ça le fait marrer. Parce que je sais désormais l’importance de communiquer pour que ça dure.

V : C’est comme les histoires amoureuses, on apprend toujours. C’est l’apprentissage de la vie et des rapports entre les gens.

X : Et musicalement j’avais aussi envie de faire quelque chose de plus libre. Avec Gush on était quand même quatre et il fallait que ça rentre dans une boîte. C’est cool d’être à deux mais aussi musicalement de pouvoir improviser, se dire « Ah tiens je ne sais pas ce que je vais chanter ce soir », expérimenter.

 

Expérimenter, c’est aussi faire venir d’autres personnes sur scène avec vous ?

V : C’est déjà arrivé plusieurs fois et c’est super, c’est des trucs qu’on a envie de faire.

X : Sur notre fiche technique il y a marqué : « Guest », il y a un micro prévu pour ça. On a un pote saxophoniste qui vient très régulièrement et puis dès qu’il y a des musiciens, des potes à nous qui sont là, c’est parti ! Izia est déjà venu chanter avec nous, Gaël Faure aussi. Dès qu’ils sont dans la salle on leur fait un signe et s’ils le sentent, ils montent. Ça s’y prête carrément et ça nous fait du bien, ça apporte autre chose.