Lia-Rochas Pàris[FRA]

  • Peinture
  • La chronique
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19.11.2021

Chronique

par Julie Le Minor

Lia-Rochas Pàris, histoires d’un autre temps

L’artiste Lia-Rochas Pàris nous embarque dans une faille spatio-temporelle où le papier règne en maître et où l’abstraction flirte avec la réalité.

Lia Rochas Paris dans son atelier à Paris entourée d'oeuvres

Lia-Rochas Paris fait partie de ces artistes hors sol, hors temps, hors cadre. Ses œuvres à la confluence des disciplines et des arts jouent avec le papier et la vidéo, l’écrit et la photographie, avec cette petite touche rétro, un brin désuet, à la croisée d’un Cocteau et d’une Simone de Beauvoir. Car Lia-Rochas à l’esprit des mots et des images. Depuis son atelier-maison, elle les mêle et les juxtaposent comme on mélangerait les styles et les époques. À travers ses œuvres protéiformes, c’est l’histoire que l’on déroule. Comme si hier était collé à aujourd’hui. Comme si l’avenir se lisait dans les lignes du passé. Car pour Lia, tout est collage. « Il me semble que nous composons en permanence avec une somme d’éléments assimilés au cours de nos vies. Des bribes de phrases entendues, des rencontres, des images, des sons, des mélodies, des atmosphères. Lorsque l’on crée, certains éléments assimilés dans notre mémoire peuvent ressurgir et s’intégrer au sein du processus créatif comme une évidence à l’image des pièces d’un puzzle ». L’art permet alors de recoller les morceaux.

« J’étais vraiment animée par un besoin de connaître plus profondément l’histoire de l’art ».

Issue d’une famille d’artistes – un père plasticien et une mère danseuse contemporaine – c’est tout naturellement que Lia commence ses expérimentations créatives sans imaginer réellement qu’elle suivrait la voie de ses parents. « Même si j’ai commencé à réaliser sérieusement des collages à l’âge de 17 ans, mes premières études étaient plutôt théoriques : esthétique de l’art. Le collage étant une pratique plus instinctive que technique, je ne me voyais pas entamer des études aux beaux-arts. J’étais vraiment animée par un besoin de connaître plus profondément l’histoire de l’art et la portée philosophique de certains courants ». Pour son premier sujet de recherche, Lia s’intéresse ainsi à l’œuvre prolifique de Cocteau et à la figure du double. « Son esprit libre m’a toujours fasciné, tant humainement qu’artistiquement », confie-t-elle.

Photographie en noir et blanc sur des boites d'allumettes formant un puzzle sur un fond vert

Aujourd’hui, Lia vit dans son « atelier-maison » où son quotidien de mère se juxtapose à celui d’artiste. « J’ai repris l’atelier de mon père après son départ. C’est important de continuer à faire vivre ce lieu même si, bien sûr, il m’a fallu des mois, voire des années, pour me sentir légitime et à ma place. C’est primordial pour moi de vivre et travailler dans le même espace, les deux étant indissociables. Il n’y a aucune contrainte temporelle, je peux créer quand bon me semble ». Près de sa mère, Claudia, qui vit au-dessus de l’atelier, et de sa fille, Liv, Lia poursuit ses expérimentations artistiques au gré du temps, de ses humeurs et des médiums qu’elle utilise : la vidéo, la photo, le collage papier… Dernièrement, Lia a repris ses fameux romans photos dans lesquels elle se met en scène en conversation avec des personnalités du monde de l’art ou bien parfois avec elle-même, comme un songe ou une réflexion que l’on graverait sur papier pour mieux l’appréhender.

« Je voue un véritable culte aux livres »

Pour ses collages, la jeune artiste chine une multitude de revues, de livres et de photos. « Je voue un véritable culte aux livres pourtant je passe mon temps à déchirer leurs pages pour les transformer et les assembler avec d’autres éléments afin de créer de nouveaux paysages. Cela peut sembler paradoxal », constate-t-elle non sans ironie. « Ma bibliothèque est remplie de livres d’art, de catalogue d’expo – si une expo me plaît, j’ai besoin d’acquérir le catalogue pour prolonger le plaisir, m’immerger, m’inspirer – mais aussi des livres de philo et d’essais… Je crois que l’on imprime mieux dans sa mémoire quelque chose vue et lue sur papier que sur un écran ». Lorsqu’on lui demande d’ailleurs si le papier pourrait disparaître un jour, Lia répond qu’il deviendra certainement de plus en en plus précieux et rare, comme un vestige d’un autre temps…