Laura Berger[USA]

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17.05.2022

Chronique

par Julie Le Minor

Laura Berger nous donne confiance en l’avenir

À près de 7000km de Paris, depuis son Chicago natal, l’illustratrice et peintre Laura Berger nous confie renaître avec les beaux-jours et le retour du soleil sur les gratte-ciels de l’Illinois.

Peinture orangée. Des silhouettes se fondent dans les herbes hautes

Alors que Paris se remet doucement d’un gros orage après avoir atteint un pic de chaleur, Laura débute cette interview en nous confiant sa joie d’être au printemps et son sentiment de renaissance après une période nébuleuse pour tout le monde. « À Chicago, l’hiver est si long et si sombre que j’ai toujours l’impression de sortir de ma cachette et de pouvoir enfin vivre à nouveau ! J’aime la chaleur ; mon corps se sent plus détendu et ouvert, donc mon esprit aussi. Le printemps et l’été sont mes saisons préférés, ce sont des sources d’inspiration essentielles pour moi ». Cette symbiose du corps, de l’esprit et de la nature se perçoit nettement dans l’œuvre prolifique de Laura dont les formes figuratives et universelles sont comme une incantation à la féminité et à la nature. Alors que les jours rallongent et que moins d’un mois nous sépare du solstice d’été, la jeune femme nous retrace son parcours et nous confie sa vision de l’art et sa dimension cathartique inhérente.

« J’ai toujours dessiné et peint pour le plaisir »

Toujours un pinceau à la main. Oscillant entre l’acrylique et la peinture à l’huile qu’elle a expérimenté durant le confinement, Laura confie aimer l’immédiateté qu’offre le travail à la main. Plus tangible, plus réel, on se sent connecté à l’instant présent. Quand on lui demande si l’art était une vocation, elle confesse littéralement être tombée dedans un peu « par accident ». « En fait, j’ai étudié le théâtre à l’université. Je faisais déjà un peu de peinture pour le rendu des costumes et quelques travaux mais je me concentrais surtout sur le jeu. J’ai toujours dessiné et peint pour le plaisir, mais j’ai réellement commencé à pratiquer l’art de façon disciplinée après le décès de mon père quand j’avais 27 ans. J’étais assez perdue et peindre tous les soirs est devenu un moyen de me distraire sainement, c’était aussi très thérapeutique. Depuis, j’ai eu un parcours long et sinueux que je suis encore en train de démêler, mais j’ai toujours continué à peindre, à présenter mes œuvres et j’ai eu la chance d’avoir de belles opportunités ».

Silhouettes jaune, sur un fond de nature

Dans ses toiles, des figures féminines ondulent dans une nature riche et fertile ponctuée de symboles et de rituels. « Presque tout mon travail est basé sur l’émotion, je dirais que c’est la base de tout. Je suis très inspiré par l’expérience émotionnelle et la psychologie humaine, le subconscient, les rêves et les questions existentielles. La couleur est également une énorme source d’inspiration pour moi, à la fois en termes d’ambiance, mais aussi pour susciter des idées ». Ses décors oniriques, presque ésotériques, captivent le spectateur qui, laissant libre cours à son imagination, entre dans la danse. « J’aime cultiver un sens du mystère dans mes toiles, comme si on essayait de saisir un souvenir qui n’est que partiellement à portée de main. J’essaie toujours de garder une narration libre, presque ambiguë, afin que le spectateur puisse avoir différentes interprétations ou connexions ».

« beauté universelle »

Si la figure féminine est un véritable leitmotiv artistique pour Laura, l’artiste confie ne pas réellement s’attacher au sexe de ses personnages. Ce qui l’intéresse vraiment, ce sont les relations et les liens qui les unissent. Ce qui se passe à l’extérieur comme à l’intérieur. Leur beauté universelle vient ainsi des formes, des couleurs, mais également des gestes et positions qu’ils ont les uns avec les autres. « J’aimerais que les personnages soient accessibles à tous sur un plan purement émotionnel et humain ». De ces liens invisibles dont elle dessine les contours se dégagent ainsi un sentiment de sororité, et plus encore, de fraternité. « Nous vivons des moments assez difficiles, je dirais donc qu’il est important que nous fassions tout ce que nous pouvons pour essayer de rester doux et de puiser dans notre empathie et notre compassion. C’est important de nous encourager et de nous soutenir mutuellement sans tenir compte du sexe ou de nos différences ».

Amas de silhouettes sous les ombres de colonnes

Entre utopie et réel, Laura nous fait ainsi voyager dans son monde où la nature, fondatrice, règne en maître. « La douceur et la simplicité de la nature sont un véritable contrepoint à tous les obstacles, aux difficultés et aux excès du monde. Je suis sûre que nous serions tous en meilleure santé si nous pouvions passer plus de temps à nous connecter avec le monde naturel. Bien sûr, la crise climatique est aussi toujours au premier plan de mes préoccupations ». La peinture intervient ainsi comme une véritable thérapie, un refuge pour se couper du monde, un mirage pour le sublimer. Face à ce sentiment de renaissance que l’on retrouve chaque année à l’éclosion du printemps, en voyant les toiles de Laura, on se dit justement que le monde a encore beaucoup à offrir. « L’idée de renouveau est une chose si agréable sur laquelle se concentrer », confie-t-elle d’ailleurs. « Juste aller de l’avant et regarder l’avenir avec espoir ».

L’interview hédoniste

Ton lieu favori ?
La plage. Ou le désert. Un endroit sablonneux et chaud. J’aime être au bord de l’océan et écouter les vagues.

Ta plus grande joie ?
Voyager et manger. Une tasse de bon café, un verre de bon vin. L’océan, encore.

La personne que tu aimes le plus ?
Mon partenaire Kyle.

Ton plus grand rêve ?
Me sentir en sécurité et calme à l’intérieur et à l’extérieur.

En ce moment, Laura termine son travail pour une exposition personnelle chez Eve Leibe, à Londres, qui ouvrira le 9 juin. L’artiste poursuit ensuite ses voyages pour présenter ses œuvres comme en août à Portland, à Stéphanie Chefas Projects, ainsi qu’à Hashimoto Contemporary à Los Angeles, en décembre.