La Frontière [6/6] • Côme Clérino[FRA]

  • Peinture
  • La chronique
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28.10.2020

Chronique

par Juliette Mantelet

Côme Clérino, manifeste pour un art libre, sans frontière

Côme Clérino est un artiste français, qui déconstruit l’art contemporain. En marge de notre dossier « La Frontière » nous avons voulu vous reparler de cet artiste, à la frontière des arts, justement, qui fait même entrer dans les galeries, des matériaux issus du monde du BTP.

L’article ci-dessous a été publié le 28 Février 2020 par Juliette Mantelet.

« Je veux bousculer les codes de l’art contemporain ». Côme Clérino, artiste plasticien exposé chez Chloé Salgado à Paris ou à la Double V Gallery à Marseille, pose vite le décor, lui qui multiple les supports pour éviter l’ennui, Collaborations avec des artisans, expériences sur tous les supports possibles et imaginables, utilisation de matériaux de BTP trouvés dans les chantiers, volonté d’inclure aussi bien le design et le culinaire que le textile ou la céramique dans la catégorie des Beaux-Arts… Rien ne l’arrête pour déconstruire le genre de l’art contemporain, bien trop codifié à son goût. Lui, c’est sûr, impossible de le faire entrer dans une seule case. Vêtements, cuisine, design, peinture, installation, vidéos, photos… Il a tout fait.

art INATTENDU

C’est l’art accessible sans en faire des caisses. Qui se nourrit de la rue et qui sort de la toile. Qui prend vie et s’ouvre pour toucher un public inattendu. À l’image de cette anecdote touchante que Côme raconte : « Chloé Salgado m’a raconté qu’un jour, un ouvrier s’est arrêté devant la vitrine de la galerie pendant mon exposition. Il a pris la décision difficile pour quelqu’un qui n’est pas du milieu, d’entrer dans une galerie d’art contemporain, en plein cœur du Marais. Il a regardé une de mes pièces dans tous ses détails et il a dit ensuite à Chloé : « C’est marrant, je suis entré parce que je reconnais les matières qu’utilise cet artiste″ ».

ART NOUVEAU

À première vue, Côme a une formation plutôt classique. Voire conventionnelle. Il a fait les Beaux-Arts de Paris. « L’art j’ai toujours aimé ça, comme tous ceux qui sont dans ce milieu-là », ajoute-t-il avec l’autodérision qui le caractérise. Toute sa famille est dedans. Son père est graphiste et Directeur Artistique dans l’édition, sa mère est styliste, ses grands-pères sont respectivement sculpteur et architecte. Ce mélange des pratiques et des arts est là depuis le début, bien ancré dans son terreau familial. Tout comme le rapport à la rue. Pour Côme, ça a commencé par le graff. Des graffitis sur les rideaux de fers, sur les camions, dans le métro. « C’est ce qui a poussé ma pratique vers ce qu’elle est aujourd’hui », confirme-t-il. L’atmosphère urbaine est toujours bien présente puisque les matériaux qu’il utilise désormais viennent de la rue et des chantiers « que je croise quand je rentre chez moi de l’atelier ou quand je vais dîner chez des potes ». L’artiste ajoute du reste, chose rare, que passer des heures chez Leroy Merlin ça « l’amuse beaucoup ».

Avec ses matériaux issus du BTP, Côme souhaite « que la photographie et la peinture deviennent palpables ». Avec des carreaux de plâtre montés in situ, par exemple. Des résines, des plastiques, des enduits. Des peintures à moitié au mur et à moitié au sol, comme chez Chloé Salgado. Du carrelage, du plâtre, du 3D. Un sol en béton sur lequel le visiteur est invité à marcher avant qu’il ne se casse petit à petit. Ou carrément des vêtements sur lesquels Côme a peint pour une exposition à Copenhague. Il a même déjà imaginé une expérience de peinture culinaire, accompagné par Tools of Food au Point Éphémère, pour interpréter son art encore sous un angle inattendu. L’idée : réaliser à partir de l’un de ses dessins quelque chose qui se mange. Associer les couleurs à des goûts. Et « peindre avec des poches à douilles ». Côme se définit par ses différents supports et ses matériaux insolites, loin de la peinture à l’eau et de l’acrylique. Ici, on se fascine pour la matière et ses effets, on redécouvre la beauté de ce qui traîne dehors, on sort des cadres et on oublie les codes. Un monde fourmillant. « Je vais peut-être un peu trop vite », s’inquiète-t-il d’ailleurs,  « je vais vite faire le tour ; il faut que je ralentisse ». Pour nous, pas de soucis à se faire, Côme est l’image parfaite de ce que devrait être l’art en 2020. Sans frontière, accessible, simple. Qui fait se nourrir entre elles les pratiques et mélange les genres.

Et comme son univers est plus facile à comprendre et appréhender en vrai, rendez-vous au Salon de Montrouge du 25 avril au 20 mai 2020.