Kine Andersen[NOR]

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18.03.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Loin de la douceur de l’aquarelle ou des couleurs pastel, bienvenue dans l’univers saturé et survolté de Kine Andersen, jeune illustratrice norvégienne, installée à Bergen. Pop et irrévérencieuses, ses illustrations apportent un vent de fraîcheur et de revendications.

POP ADOLESCENTE

Les couleurs de Kine sont explosives, contrastées, puissantes. Elles accrochent le spectateur, choquent le regard. Avec humour, l’illustratrice justifie l’intensité de ses teintes par sa vue très mauvaise. On est loin de l’aquarelle, de ses infinies variations de couleurs ou de ses jeux de transparence. Kine mélange volontairement des couleurs vives, sans transition visuelle aucune.

Son premier choc visuel, Kine l’a eu face au travail de Roy Lichtenstein, grand représentant du Pop Art ; un réél « love at first sight », comme s’amuse la jeune femme. Depuis, l’artiste est fascinée par le mouvement du Pop Art duquel elle s’inspire beaucoup. Elle en reprend de nombreux codes : l’ambiance Comics, les couleurs flash, la thématique du quotidien. Ses traits rendent hommage tout particulièrement à Roy Lichtenstein, par l’usage des contours noirs, les lèvres pulpeuses de ses personnages, le jaune pétant des cheveux, mais aussi par l’importance qu’elle donne à la publicité et à la culture populaire. Télévision allumée, affiches aux murs, bières, chips et coca-cola hantent les images de Kine.

Comme dans le Pop Art, les dessins de la norvégienne contiennent également une dimension plus politique et engagée. Ses couleurs provocantes l’aident en effet à captiver le spectateur pour lui transmettre sa vision des choses. Un peu comme chez Agnés Ricart, où les couleurs pétantes cachaient un vrai discours sur la sexualité et le genre. Kine, elle, dessine l’adolescence, cette période tourmentée pendant laquelle elle raconte s’être sentie souvent perdue et triste. L’adolescence, qu’elle décrit franchement comme « une prison émotionnelle ». Le dessin est ainsi une façon pour elle d’affronter ses propres ressentis face à cette période déroutante, où sentiments et identité sont à l’étude. Dans son travail, Kine aborde les mêmes débats que dans les années 1950-60 avec le Pop Art. Elle réfléchit à son tour à l’influence des médias et de la publicité sur nos comportements, et notamment à l’impact d’Internet sur la jeunesse. Pour elle, Internet, les réseaux sociaux, le porno et les applications de rencontres créent aujourd’hui pour les jeunes un monde de perpétuelle concurrence et de pression, de plus en plus superficiel. À travers ses traits, elle tente de lutter contre et présente ainsi des femmes décomplexées, poilues, couillues, libres, fières de leurs corps. Des femmes plus vraies que sur le net. Derrière la première gorgée sucrée du travail de Kine, se cache une saveur plus profonde.