Kimdary Yin[FRA]

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09.07.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Explosion de couleurs dans le monde urbain et terriblement vivant de Kimdary Yin, photographe française. Cette artiste défend une photographie du plaisir et des sensations, guidée avant tout  par ses envies et son instinct.

LE GRAIN DE FOLIE

Kimdary livre avec humour les retours qu’elle entend le plus sur son travail : « Il y a trop de couleurs », « Ça claque, ça vibre », entre autres. Justement, la jeune femme aime déranger par ses photos, « faire piquer les yeux ». Ses images terriblement esthétiques par leurs couleurs ultra pop et leur harmonie de teintes ne sont pourtant pas parfaites ou trop lisses. Au contraire, Kimdary aime les visages dérangeants, les profils atypiques, les positions étranges. Elle cherche chez ses modèles « le petit quelque chose » qui fait la différence, le grain de folie, l’étincelle… Elle laisse ses mannequins libres d’exprimer leur personnalité et présente des femmes assumées, sexuellement libérées. « La femme que je prends en photo n’a pas peur du regard des autres, elle ose assumer ses travers et ses envies. L’homme que je prends en photo n’a pas besoin de jouer constamment le mâle alpha rude. Il aime rire, faire des bêtises, il peut avoir les cheveux verts, porter une perruque, mettre son cul à l’air, pleurer » !

FLASHBACK COLORés

Les couleurs et les textures sont les premières choses qui sautent aux yeux en contemplant ses images : gouttes d’eau, jaune éclatant, explosion de pop-corn, vert fluo, bonbons, cheveux, poitrine de femme…  Son monde est très pop, un peu fou. Kimdary se décrit comme « une amoureuse de la couleur », affirmant ne pas pouvoir vivre sans elle. Déprimée par le trop binaire noir et blanc, elle veut de la force, de la puissance et du relief (dans la vie comme en photographie) ! Par les couleurs et les textures ce sont des sensations, des souvenirs que Kimdary veut évoquer. Elle entretient elle-même un rapport très sensoriel et mémoriel avec le monde, se décrivant comme une « personne kinesthésique », c’est-à-dire dont la mémoire est basée sur l’expérimental. Elle l’explique ainsi : « Quelque chose doit me toucher émotionnellement et par plusieurs sens afin que je m’en souvienne ». Un sens comme le toucher est donc fondamental pour Kimdary afin d’ancrer ses souvenirs.
« L’association du rouge et du jaune cela me rappelle le magnétophone de mes cinq ans, quand je jouais à l’animatrice radio », retrace-t-elle. Elle souhaite que son public, mis face à son explosion de couleurs et de matières, se replongent à son tour dans des souvenirs heureux.

CORRESPONDANCES

Les photos de Kimdary sont très urbaines, la rue et la ville sont ses terrains de jeux favoris, fourmillantes de couleurs, de mouvements et de matières. Ce qui fait fonctionner à merveille les photographies de Kimdary c’est son don pour les concordances. Elle réussit à faire matcher comme personne les tenues de ses modèles et les éléments du décor, et conçoit ses images comme un tout. « J’aime voir, qu’une station d’essence est exactement de la même couleur que l’escalier et la tenue de la mannequin, que la mannequin porte une robe de la couleur de la borne de journaux »… C’est dans cette optique qu’elle a produit ses diptyques. Kimdary rassemble des photographies qui ont parfois plusieurs années d’écart pour les faire se répondre, se contraster entre elles, leur donner un autre sens. « La photo où l’on voit la main d’un mannequin masculin glisser ses doigts dans un distributeur de bonbons paraît innocente. Volontairement, j’ai trouvé ça amusant de la placer à côté de celle de la jeune femme assise en robe pour donner un sens dérangeant, quasi-sexuel au diptyque. » Kimdary aime les villes dépaysantes, surchargées d’humains. Pleine de surprise, elle possède d’ailleurs un autre projet artistique sur ce thème, Podcasts of Portraits, commencé à New York. Une série de podcasts sur des gens croisés et interrogés dans des villes partout dans le monde et accompagnés de Polaroïds.