Julia Grandperret Motin[FRA]

  • Photographie
  • La chronique
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02.04.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Photographe autodidacte installée à Paris, Julia Grandperret Motin ne jure que par l’argentique qui, à travers sa spontanéité lui permet de raconter des histoires visuelles, de retranscrire des ambiances vibrantes et pleines de vie. Elle met en valeur, des femmes, des gens, sa génération avec un seul but : montrer la beauté des choses simples.

LES CONTES DE JULIA

Julia utilise exclusivement l’argentique pour ses projets personnels. L’argentique dont elle aime le grain, la texture et surtout la manière de travailler, plus lente, plus soignée, dans l’instant. L’argentique laisse une trace des ratés, des surprises. Tout n’est pas contrôlé. Et cette envie parcourt le travail de Julia : libre, flou, vivant. Dans ses séries, qu’elle immortalise les kebabs de Paris ou les entraînements de cheerleaders, Julia oublie la technique pour accéder au vrai et à l’émotion. Pour l’artiste, « raconter des histoires » est « une des raisons d’exister de la photographie ». Son monde est parfois flou, parfois éblouissant, parfois mal cadré mais il retranscrit le mouvement, les ambiances mieux que n’importe quel cliché parfaitement exécuté. Julia est la photographe des atmosphères authentiques, sachant de n’importe quel lieu ou moment rendre le sentiment précis. Elle photographie et retransmet des « moments vrais », sans chercher la perfection. Elle garde les lumières saturées de la nuit qui tressautent, le flou d’un visage dans l’effort, une main qui passe devant le sujet central. Elle ne crée pas des compositions mises en scène, elle photographie l’instant sur le vif. Bien plus émouvant.

En regardant sa série autour des pom-pom girls, impossible de ne pas entonner cette chanson d’OMI qui a ponctué nos étés : « Oh I think that I found myself a cheerleader ». Ce titre qui entretient comme tant d’autres œuvres artistique le mythe de la pom-pom girl ultra féminisée, sexualisée, et stéréotypée. Comme Ulla Deventer dans sa série sur les travailleuses du sexe, Julia veut briser les clichés qui cristallisent autour d’une catégorie de femmes. Elle donne à voir des cheerleaders guerrières. Des femmes extrêmement athlétiques, puissantes, féminines et masculines à la fois. La photographe s’est glissée dans leur univers et les photographie dans l’intimité d’un entraînement, avec cette proximité des corps propre au sport. On imagine la sueur, les répétitions interminables, la pagaille avant le show, la fatigue, l’effort physique… Les muscles sont tendus, les gestes un peu flous, les regards concentrés. Julia fait corps avec son sujet et déclare son amour à ses femmes vraies.