Jonathan Todryk[USA]

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14.02.2020

Interview

par Juliette Mantelet

Américain installé au Texas avec sa femme et ses enfants, Jonathan est un fervent croyant. « Jesus loves you » précise sobrement et sans détour, sa bio Instagram. De manière assez évidente, Jonathan a commencé à peindre quand il était petit avec son père, artiste lui aussi. Sa première source d’inspiration ? Les toiles de son père, bien sûr, accrochées partout dans leur maison du Minnesota. Dès neuf ans, Jonathan peint donc son premier tableau. Mais avant de faire de la peinture sa carrière, il a d’abord été musicien. Puis il a occupé un job alimentaire sans passion, avant de revenir à ses pinceaux qui l’ont, en quelque sorte, sauvé des ténèbres et de la déprime. Aujourd’hui, il veut transmettre par son art « straight from the soul » : sa foi, ses espoirs et sa lumière. Un discours à l’américaine mais qui a le don d’aider autrui. Et quelle lumière… Ses toiles sont parcourues par un éclat incroyable, habitées de teintes flamboyantes et vibrantes. Elles irradient. On n’a rarement vu des couleurs pareilles. À part, peut-être, chez Cyrielle Gulacsy, qui elle aussi peint les ciels et les soleils couchants de manière abstraite et métaphorique. Quelle surprise donc, d’apprendre lors de nos échanges que Jonathan est en fait daltonien. Plus la vue est mauvaise plus les couleurs flashent, comme chez l’illustratrice Kine Andersen. Fascinant.

« C’est un sentiment très fort de savoir que mon art peut apporter réconfort et guérison. »

Tu te rappelles de ta première toile ?

Dès l’école primaire, je dessinais des personnages de bandes dessinées et je transportais tout le temps avec moi un carnet de croquis avec tous mes dessins. Mon père est artiste lui aussi et je me souviens de ses peintures accrochées à la maison quand j’étais petit. Ma première peinture, c’était avec lui. Une petite toile d’un paysage que nous avons toujours.

Tu as fait de la musique et d’autres boulots avant de revenir à la peinture. Qu’est-ce qui t’a Poussé à peindre à nouveau ?   

J’ai grandi en jouant de la batterie, donc mon amour pour la musique m’a amené à embrasser une vie de musicien après le lycée. Ce fut une expérience incroyable qui m’a permis de parcourir tout le pays. J’ai fait ça pendant environ 10 ans avant que ma femme et moi ne nous installions et que nous fondions une famille. Alors j’ai commencé à travailler et j’ai involontairement mis de côté toutes les formes créatives. C’était nécessaire à ce moment-là mais au fil des années, j’ai commencé à me sentir vraiment insatisfait et un peu coincé. Je sentais que quelque chose me manquait et que je me perdais dans mon travail. Un jour très calme au boulot, j’ai décidé de prendre un stylo et du papier et de dessiner. Cela m’a amené à peindre à nouveau. Je rentrais du travail et une fois que les enfants étaient au lit, j’allais au garage et je peignais. C’est redevenu une passion et j’avais hâte de rentrer du travail pour m’y mettre.

« Jésus LOVES YOU » sur ton intro Insta. Pourquoi ?

Tout dans la vie peut devenir sombre et négatif. Je crois que l’art est une expression de lumière et d’amour et qu’il n’y a rien de plus grand que celui de Jésus. Donc, si je peux apporter cette lumière et cet amour à une scène qui peut parfois être sombre, je le fais. J’essaie d’intégrer ma foi dans chacune des pièces que je crée et d’aider ainsi les gens à ressentir quelque chose qui les relie au Créateur. Leur apporter espoir et réconfort.

Sur son site, on peut lire aussi cette citation de Van Gogh : « art is to console those who are broken by life ». Pourquoi est-elle importante pour toi ?

Je suis arrivé à un moment de ma vie où j’étais perdu et brisé et où l’art a été un moyen de me trouver. À bien des égards, l’art a aussi guéri certaines parties de moi. Je veux donc que mes toiles s’adressent aux parties fissurées de certaines personnes, leur permettent d’atteindre une certaine complétude. J’espère que l’espoir et la lumière traversent de manière visible mon travail. J’utilise beaucoup de couleurs vibrantes, comme une étincelle de joie.

Justement, pourquoi le choix de ces couleurs si flamboyantes, signes distinctifs de ton travail ?

Fun fact, je suis en fait daltonien. Honnêtement, je ne me rends même pas compte de cet éblouissement que vous percevez par mes couleurs. J’apprécie quand même vraiment la couleur bleue et je me retrouve à graviter beaucoup autour de ça.

Comment c’est la vie au Texas ?

La vie au Texas est vraiment clémente. Nous avons une grande communauté et toute ma famille est ici. Ça me manque d’avoir de vraies saisons comme dans le Midwest mais sinon c’est génial. La vie est simple. Avoir une famille rend la vie tellement plus amusante. Et il y aussi de fantastiques artistes ici à Dallas, pleins de talents émergents !

Peux-tu me raconter une de tes dernières toiles ?

Une de mes œuvres récentes est une toile rouge. Pendant que je peignais cette toile, je sentais très fort dans mon cœur qu’elle était destinée à quelqu’un de précis mais que je ne connaissais pas. Je sentais au fond de moi que le tableau parlerait profondémment à cette personne, que c’était quelqu’un qui avait subi une perte et à qui je me devais de lui rappeler à quel point elle était aimée. Après avoir terminé la toile, j’ai remarqué qu’une figure ressemblant à un cardinal rouge s’y dessinait. C’est donc ainsi que je l’ai nommée. Quand je l’ai publiée, j’ai expliqué la création de la toile en précisant que était destinée à quelqu’un de spécifique. J’ai rapidement reçu un e-mail d’une personne me racontant justement son histoire, m’expliquant que le Cardinal Rouge avait une symbolique pour elle et comment cette pièce lui avait donné de la joie. C’est un sentiment très fort de savoir que mon art peut apporter réconfort et guérison.

The Red Cardinal