Jessica Yolanda Kaye[AUS]

  • Peinture
  • L'interview
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06.12.2019

Interview

par JULIETTE MANTELET

Moment de douceur et de poésie avec l’artiste Jessica Yolanda Kaye. Australienne fraîchement installée à Londres. Rendez-vous dans son appart / studio, dans le charmant quartier de Notting Hill. Le soleil tombe délicatement sur ses peintures. Les rayons soulignent le grain du papier, sa texture, son épaisseur. Elle nous parle de ses pastels qu’elle vient de dénicher dans sa boutique préférée de Londres, de ce papier trouvé en Italie. Assise sur sa moquette, on feuillette ses croquis, on découvre ses brouillons, nombreux. Si ses œuvres minimalistes réalisées d’un seul tracé semblent très simples, elles cachent des essais, des ratés, des recommencements… Une lutte quotidienne avec son perfectionnisme. Des heures d’esquisses à retravailler ligne après ligne jusqu’à la forme parfaite, celle qui lui parle, le visage qui fonctionne. Car Jessica peint les êtres, les expressions, les émotions, les postures humaines, banales mais pleines de sens. Tout ça d’une seule ligne colorée. Bluffant.

FEELING BLUE

Jessica dessine depuis toujours. Quand elle est au téléphone, elle griffonne systématiquement à côté sur une feuille. C’est sa « deuxième nature ». Pourtant, elle n’a jamais considéré l’art comme une carrière possible et s’est même retrouvée « account executive » dans une grosse compagnie sans trop savoir comment, ni pourquoi. Très malheureuse, sa santé s’en est ressentie : elle ne dormait plus. Un jour, chez son acupuncteur, des aiguilles partout dans le corps, elle a un déclic quand celui-ci lui pose une question pourtant simple : « Pourquoi fais-tu ce job ? ». Elle se met à pleurer et démissionne quelques jours plus tard. Et se met à peindre à nouveau.

Se laisser le droit de ressentir. C’est justement ce à quoi nous invite Jessica dans sa série « Blue ». Une série qu’elle a réalisée dans une période un peu difficile. Où elle a peint pendant 2 semaines sans pouvoir s’arrêter. Il faut s’autoriser à avoir le blues nous confie-t-elle. Car être humain, c’est aussi avoir la chance de pouvoir éprouver tout ça. C’est accepter les moments de vulnérabilité, accepter comme dans sa toile « Running water » d’avoir parfois besoin de s’asseoir sous l’eau de la douche, la tête enfouie dans les genoux, pour réfléchir. D’avoir besoin comme la femme de « Red wine » d’un petit verre de rouge à la fin de la journée pour lâcher prise. Ou de se poser dans son lit, le bras replié sous la tête, pour faire le point sur sa journée, comme dans « Laid bare ». Sensible et poétique, Jessica croque avec justesse les petits moments de nos journées qui font sens, grâce à la subtilité absolue de sa ligne continue. Une simple ondulation esquisse un coude replié. Une autre la courbe des genoux. L’art est sa façon à elle de donner un sens à ce qui se passe dans sa vie. Elle raconte parfois ne pas trop savoir ce qu’elle ressent et se mettre à dessiner, en espérant que le papier le lui dira. D’autres fois, elle se réveille avec la sensation d’avoir en elle quelque chose qui doit sortir. Elle va peindre. Et ça va mieux. Sur le papier elle simplifie nos comportements complexes. Elle s’apaise et nous apaise.

Running water

Red wine

Talk to me

Laid bare

Torn

Decisions

Do you like it?

Masquerade

Scrambled

Hold me