Le Surf [2/7] • Jeremy Le Chatelier[CAN]

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21.04.2020

Chronique

par Juliette Mantelet

La cuture surf jusqu’à Montréal, avec Jeremy Le Chatelier

Jeremy Le Chatelier vit à Montréal. Il est artiste plasticien et surfeur. Pour lui, le surf c’est avant tout une ambiance conviviale et cool qui se vit en communauté. C’est cette ambiance qui l’inspire en tant qu’artiste et qui lui a donné l’envie de se mettre à surfer. Cette ambiance toujours, propice aux week-ends entre copains pour chercher la vague dans le Maine. Cette ambiance encore, qui séduit les non-initiés et un public en tout genre, toujours plus nombreux chaque année. À tel point qu’à Montréal, même sans océan, la culture surf est bel et bien présente.

Jeremy Le Chatelier surf Montréal vagueLA CULTURE SURF, PLUS FORTE QUE LE SURF

Perçu au départ comme un rituel de sauvages tout nu, puis comme une pratique de hippies marginaux, et enfin comme l’emblème du cool, le surf et surtout son mode de vie s’invitent désormais dans l’art. Depuis une dizaine d’années, c’est devenu un écosystème où l’on prône l’indépendance, le voyage, la liberté, la communion avec la nature. Autant de valeurs qui nous parlent tout particulièrement en 2020 et animent les artistes et la création, à l’heure où l’on se doit de repenser nos systèmes pour préserver la planète. « Le surf est devenu un phénomène de société, ce qui faisait autrefois sa faiblesse fait maintenant sa force : le besoin de liberté, le voyage, les valeurs éco citoyennes, bref, tout ce à quoi l’on aspire actuellement », analyse l’adjoint au maire en charge du surf de la ville de Biarritz, Laurent Ortiz. On en parlait dans notre dossier sur la déferlante du surf, le surf est l’un des seuls sports à avoir donné naissance à une telle culture et même à un art propre.

 « [Montréal], c’est une ville surf, ce qui est quand même un peu absurde. »

À vrai dire, avant de discuter avec Jeremy, on ne pensait même pas qu’il était possible de surfer à Montréal. On imaginait l’artiste se déplacer dans le monde et sur les plages pour trouver sa vague. Mais en plus de pouvoir surfer à Montréal, Jeremy témoigne de son doux accent québécois, d’une vraie culture qui s’est recréée : « À Habitat 67, sur le fleuve Saint-Laurent, il y a un courant si fort que cela crée une vague éternelle où l’on peut surfer presque tous les jours de l’année sauf quand c’est gelé. On est tous sur le bord de la rive, on attend notre tour. Puis, un par un, on fait la vague. On se donne une minute pour rester dessus, puis on sort de l’eau et on remonte la côte à pied. On reste des fois la journée, il y a un parc à côté, on s’amène des trucs à manger, des bières. » C’est là que serait Jeremy en ce moment, si le confinement n’avait pas frappé.

« À Montréal, c’est vraiment drôle parce qu’on n’a pas d’océan, mais la culture surf est super importante. C’est une ville surf, ce qui est quand même un peu absurde. Mais le surf crée des liens forts », ajoute-t-il. Des liens et des rencontres si intenses que l’on a développé, dans les années 1970, le surf de rivière, sur des vagues stationnaires, dans un milieu plus urbain. Pour rassembler et répandre partout cet esprit de communauté. À Munich, sur la Eisbach Wave, en plein cœur de la ville, on se croirait face aux meilleures vagues de Bali. Des jeunes, en tenues de surf, armés des meilleures planches, y passent des heures pour le plaisir d’être en contact avec l’eau. Sans l’océan, c’est la communauté, la convivialité du surf qui perdure et attire. À Montréal, ce surf de rivière est devenu hyper populaire ces dix dernières années. « Tout le monde se met au surf » insiste Jeremy. « On a beaucoup d’événements basés sur cette culture, des boutiques, des cafés, des soirées… » Comme le Shaper Studios, un atelier très important de fabrication de planches, lieu de rencontre des surfeurs locaux. Ou le café September dont la devise est la suivante : « Born from our love of coffee and surfing », et dans lequel on peut apprendre à modeler sa planche. Ou encore Ananus, la compagnie de surf de son pote William avec qui Jeremy a commencé à surfer. Des planches 100 % faites main, pour la mer ou la rivière.

Le surf de rivière, c’est l’ultime étape de popularisation du surf. C’est la vague elle-même qui se démocratise, loin des océans. Les vagues éternelles de rivières ou les vagues artificielles deviennent tendance et permettent à tous de goûter à l’adrénaline du surf. À l’image du projet complètement déraisonnable du légendaire Kelly Slater, 11 fois champion du monde, qui a annoncé fin février vouloir créer « la plus grande vague artificielle du monde » en plein désert californien. Le surf n’est définitivement plus réservé à ceux qui ont la chance de vivre près des côtes. On veut surfer partout. Mais ainsi, le surf s’éloigne de ses valeurs premières : liberté et voyage. Et les spots deviennent bondés. Car « l’appel du surf est le plus fort » écrit la journaliste Olivia Bergamaschi sur Mok Addict. Comme l’envie de goûter à cette culture, cet esprit. La convivialité, la communauté surf, c’est bien elles qui mènent tout droit à l’art du surf.

surf Jeremy Le Chatelier Montréal combi VWL’ART SURF, UNE QUESTION D’AMBIANCE

C’est sur cette vague de rivière de Montréal que Jeremy s’est lancé en tant que surfeur . « C’est vraiment l’influence de mes amis qui m’a amené dans ce milieu-là. Puis les voyages ensemble. Le surf c’est une excuse et un but pour voyager et se retrouver », raconte le montréalais. Là encore, c’est le savant mélange d’amitié, de communauté et de voyage qui attire et donne envie de créer. Car très vite, en plus de surfer, Jeremy s’est mis à photographier. Désormais, il doit trouver sa place et son équilibre entre art et surf. Il évoque son éternel débat intérieur, quand les vagues sont belles et qu’il se demande en boucle si sa place est dans l’eau ou à faire des photos.

Le match de foot s’arrête à la fin des 90 minutes. Le surf, lui, résiste à la sortie de l’eau.

On s’est demandé comment son art parvenait à émouvoir même les non-surfeurs. Probablement, parce qu’il esthétise le surf et le réduit à ses éléments les plus purs, à ses fondamentaux universels. Ceux qui forgent la culture surf dans l’esprit de chacun, initiés, champions ou néophytes : une planche, une silhouette face à la mer, une vague, un combi Volkswagen… Cet emblème par excellence de la culture surf, des hippies, de la liberté… Jeremy n’expose pas un moment T, vécu avec ses potes, hermétique à qui était absent, mais des ambiances suggérées par petites touches. Ce sont les souvenirs qui restent des virées surf à travers le monde. À Montréal, dans le Maine, au Costa Rica, en Australie…

Ses images se ressemblent, se mêlent, se répondent. Elles pourraient être prises sur n’importe quelle vague, impossible de dire où l’on se situe dans le monde. Le surf a conquis la planète et unifie par son way of life des communautés et des gens d’horizons divers. Il permet les rencontres entre surfeurs et voyageurs du monde entier. Comme le raconte avec justesse Jérémy Lemarié, auteur de Surf, Une histoire de la glisse : « Au-delà de la pratique du surf, on rencontre durant ces périples des personnes qui partagent cet attachement – et qui sont presque une deuxième famille. Pour ma part, je retourne les voir chaque année à Hawaï. » Et comme l’illustre notre Jeremy en image. « On a besoin de très peu de choses pour évoquer tout cet imaginaire ». Comme pour surfer, où l’on n’a finalement besoin que d’une planche et d’une vague. Le surf est minimaliste, nécessite très peu d’éléments. Jeremy évoque ce mode de vie par son art doux et rêveur, entre peinture et photo. Un combi VW bleu et ça y est déjà, on s’évade. On se retrouve aux côtés de cette bande de jeunes qui campent au bord d’une falaise, observent les vagues et se lèvent aux aurores, prêts à s’élancer. « On part un week-end avec les amis, on dort dans une tente, on se fait à manger. Ce n’est pas juste pour le sport mais pour le voyage », justifie Jeremy. En effet, « les figures intéressantes ou les prouesses incroyables » ne le passionnent pas. Il préfère représenter le surfeur qui va vers l’eau. Une ambiance universelle. C’est le style de vie qui se prête si bien à la création artistique. Le match de foot s’arrête à la fin des 90 minutes. Le surf, lui, résiste à la sortie de l’eau. Et devient art. « Quand il n’y a pas de vague, la culture surf est quand même là ».

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