Hugo Vouhé[FRA]

  • Photographie
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16.04.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Né en 1997, Hugo Vouhé est un très jeune photographe possédant déjà une maîtrise impressionnante de deux domaines clefs de la photo : le portrait et la street photography. Hugo a ainsi déjà forgé un univers qui le distingue, singulier et puissant. Si la photographie de rue consiste à saisir des scènes de vie et à immortaliser l’instantané, le portrait lui, a plutôt pour but de mettre en scène et de produire de toute pièce. Pourtant, Hugo traite ces deux domaines un peu de la même manière : figée, hors du temps, avec des couleurs saturées et pop qui font sa marque de fabrique et surtout des regards et mouvements arrêtés. Entre lâcher prise et contrôle, son cœur et son objectif balancent.

COLOR ADDICT

Hugo se décrit comme « un accro à la couleur », ce que l’on devine aisément en contemplant ces images aux tons saturés, presque violents pour l’œil, à l’image de cette paire de chaussure jaune criarde assortie à un pantalon cyan pétant. Il tente de faire revenir les couleurs d’origine, celles de son enfance, de ses livres, de ses jouets…. Ce sont des associations étonnantes, qu’on ne ferait pas dans la vraie vie mais qui font le charme de ces images. Hugo s’intéresse à ces associations étranges et se dit inspiré par le peintre Ellsworth Kelly, surnommé le « géomètre de la couleur ». Ce maître de l’abstraction qui toute sa vie étudia le pouvoir immersif des associations de couleurs, mariant les teintes primaires entre elles. Les couleurs sont la langue d’Hugo, son ironie photographique. La saturation lui permet en effet d’ajouter un double sens dans ses clichés et d’aborder « l’inévidence des émotions », leur complexité. Dans ses portraits, la solitude domine, pourtant représentée avec de multiples couleurs pop, associées d’ordinaire à la fête ou à la joie. Pour le photographe, ces couleurs très audacieuses peuvent apporter au contraire une « vision nuancée de la réalité ». Il nous explique ainsi que des couleurs saturées peuvent accentuer le ridicule d’une situation, permettre de prendre du recul sur le réel et de faire comprendre au spectateur qu’il y a quelque chose à creuser, une autre lecture à trouver. Comme ce portrait d’une femme au tee-shirt à fleurs, assise au milieu de ballons colorés… Toutes les couleurs respirent la joie mais nous font comprendre aussi par leur exubérance que quelque chose ne tourne pas rond. Ce qui est sûr, c’est qu’à l’égal de son collègue photographe Alexandre Chamelat, Hugo par son amour des teintes saturées et irréelles a défini sa patte d’artiste. C’est le monde coloré d’Hugo Vouhé, dans la rue comme dans la mise en scène…

DROIT DANS LES YEUX

Hugo cite parmi ses maîtres Guy Bourdin, Miles Aldridge, Alex Prager et il précise immédiatement : « des photographes de la mise en scène ». Comme lui. Ses photographies sont toujours théâtralisées. Les modèles posent, les anonymes de la rue se figent, les regards sont écarquillés. Hugo porte une attention particulière au regard qui participe à l’atmosphère étrange et surréaliste de ses images. Dans ses portraits, les modèles fixent un point de leurs yeux bleus, le regard perdu, solitaire… Dans ses photos de rue, un inconnu braque toujours son regard droit devant lui, en nous, comme ébloui par les couleurs du photographe. Ce regard sert de point de repère parmi la foule. Ses ambiances arrêtées sont aussi prenantes et intemporelles qu’une toile nocturne d’Hopper. Les photos d’Hugo sont d’ailleurs impossibles à dater, entre le charme rétro des vêtements et des décors, et l’ambiance futuriste d’un film de science-fiction. Hugo brouille les pistes, rappelant que notre époque est celle où l’on « remodèle le passé pour aller de l’avant ». Ce n’est ni le passé, ni le présent, ni le futur… C’est l’univers parallèle d’Hugo Vouhé qui s’ouvre à nous et où l’on pénètre émerveillé, comme si après avoir emprunté la route de briques jaunes, on accédait enfin au coloré Pays d’Oz, un monde où l’on doit se méfier des apparences.