Hiejin Yoo[DEU/KOR/USA]

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15.03.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Hiejin Yoo est une peintre de l’observation quotidienne et du corps. Née en Allemagne, elle a grandi en Corée du Sud et vit désormais à Los Angeles. Ces multiples changements d’adresses ont donné matière à créer à cette artiste qui peint depuis ses sept ans. Ses peintures sont un journal intime de sa vie quotidienne et une représentation moitié figurative, moitié abstraite des relations humaines et du souvenir.

EXPLORATRICE DU QUOTIDIEN 

Hiejin se dit fascinée par les interactions entre les êtres… La manière dont on se touche, par quels gestes, ce que l’on se dit uniquement avec le corps… Cette passion nous rappelle l’enchevêtrement des corps de la peintre américaine Buckley. Les figures humaines qui peuplent l’œuvre d’Hiejin sont toujours tronquées, dépourvues de tête. « Je ne suis pas intéressée par les expressions mais par les gestes, les corps les uns par rapport aux autres », complète-t-elle. Son attention repose notamment sur les mains : baladeuses ou réconfortantes… Les êtres ne sont que des silhouettes, des mains aux contours blancs tranchés, peintes de manière très simple et enfantine. Le blanc se détache en filigrane, omniprésent sur les aplats de couleurs profondes. Ces silhouettes blanches et cette superposition des corps, comme chez l’illustratrice Camille Deschiens, symbolisent les souvenirs, les réminiscences. La peintre était sur ce lit, elle s’est allongée sur cette plage… 

Avant de produire ses grandes peintures à l’huile, Hiejin consigne tout ce qu’elle vit dans un journal intime. Certaines de ses phrases deviennent ainsi des peintures qui lui permettent de revivre un souvenir inspirant, un moment émouvant. Hiejin souhaite tout simplement retracer les moments quotidiens de sa vie, ces moments partagés avec son partenaire, sa famille ou ses amis. Elle peint des paysages vécus, des atmosphères ressenties, sombres et figées, à l’image des toiles nocturnes de Hopper, sur lesquelles elle ajoute une trace humaine blanche, sa présence… « Mes peintures sont un journal intime et des médiations sur la découverte de soi », écrit-elle. Hiejin, comme de nombreux artistes du moment, est inspirée par la vie banale, les choses quotidiennes, les sentiments élémentaires. Cette vague d’artistes qui, au lieu d’évoquer une vie parfaite, de célébrer le rêve, l’évasion ou l’ailleurs, redeviennent simplement des explorateurs du quotidien et redécouvrent son potentiel esthétique.