Génération icônes [3/4] • Melody a dit[FRA]

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16.11.2020

Chronique

par Julie Le Minor

Melody a dit, la fabrique des images

Depuis quatre ans, « Melody a dit » se joue du temps, des symboles et des influences à travers l’art du collage papier. Loin d’un processus hasardeux et inopiné, ses œuvres sont le fruit de ses réflexions et de ses interrogations personnelles mais aussi du temps qui passe et des pages qu’elle feuillette au gré des magazines. Oscillant entre réel et imaginaire, influences rétros et contemporaines, ses collages questionnent la réalité en abstraction : ils subliment le banal en merveilleux. Rencontre avec une artiste passionnée en prise avec son temps.

Femme rétro habillé en bleu tenant une gourde transparente avec un surfeur à l'intérieur

Une passion adolescente

Après une lourde opération à la mâchoire, en pleine convalescence et ne pouvant communiquer avec les autres, Melody renoue avec un loisir adolescent : le collage papier. Très vite, il devient thérapeutique. C’est un nouveau langage, une autre façon de s’exprimer. « Melody a dit » est née. Initialement, l’art de Melody est donc cathartique. Ses collages lui permettent de partager son ressenti et de se vider l’esprit en abandonnant ses frustrations accumulées. « Tout part en général d’une émotion stockée à l’intérieur qui a besoin de s’exprimer », confie ainsi l’artiste. Mais au fil du temps, son processus créatif évolue. Melody s’engage de plus en plus dans ses œuvres, ses collages deviennent le reflet de ses interrogations mais aussi de ses convictions face aux changements sociétaux et au monde qui l’entoure. Le féminisme, l’écologie, la parité, l’amour, l’éducation, le rapport à soi et à l’autre deviennent des leitmotivs artistiques, des idées à couper et à découper au quotidien. 

Le collage papier, un art pluriel 

Dès le début du XXe siècle, l’art collagiste devient une source inépuisable de création aux antipodes de l’académisme de l’époque. C’est le temps des avant-garde : cubiste, dada, futuriste et surréaliste célèbrent la puissance critique et émancipatrice de cette nouvelle discipline. Le collage devient un sujet d’expérimentation, un art de la contradiction. Selon Charles Baudelaire, le monde n’est qu’un « magasin d’images et de signes » que l’imagination doit digérer et transformer. De la même manière, Melody se nourrit des images du quotidien et de l’imaginaire commun qu’elle puise dans les magazines. « Je passe des heures à feuilleter mon stock de magazines et à m’arrêter sur une image, puis une autre. La phase de recherche est très méditative. Je travaille généralement en musique et me laisse aller à mes pensées. Quand j’entre en phase de composition, je réalise des associations entre différents matériaux et une idée finit par germer ».

« Un enchaînement de mots et de sonorités peut me faire rebondir sur une image, une couleur, une notion dont j’ai envie de m’emparer »

Véritable cadavre exquis d’influences et d’époques, les collages de Melody empruntent autant à Kensuke Koike qu’à Frank Nitty ou Anna Wanda Gogusey, l’une de ses illustratrices contemporaines préférées. Dans un tout autre registre, les films totalement surréalistes de Michel Gondry et de Wes Anderson ou les poèmes de Tristan Tzara, l’un des pères fondateurs du mouvement dadaïste, ont également influencé son œuvre. Toutefois, c’est dans le papier et les magazines que Melody cherche ses compositions, comme dans les pages de Vogue, Glamour ou Mode et Travaux, une publication des années 60 qui lui sert de matière première. Jouant sur l’anachronisme de ces images et de ces publications, Melody s’amuse à détourner la réalité en offrant une nouvelle vie à ses modèles. Elle leur crée de nouveaux personnages, de nouveaux décors. Une publicité sexiste des années « Home sweet home » peut ainsi devenir le matériel d’une apologie féministe. Questionner les mœurs et les idées en les détournant, c’est donc le terrain de jeu préféré de Melody. Dans son atelier, la jeune femme travaille en musique : « J’écoute en boucle de la soul des années 60 ou bien de la noise, du punk et de la new wave. Cela dépend de mon humeur. Un enchaînement de mots et de sonorités peut me faire rebondir sur une image, une couleur, une notion dont j’ai envie de m’emparer ». Une fois les idées assemblées, une fois découpées et collées, une œuvre n’est pas terminée pour autant. L’artiste aime réaliser ses propres maries-louises et customiser ses cadres : « Tu te rappelles des premières tracklists sur les pochettes de cassettes audio punks DIY ? C’est la même technique ! C’est quand le cadre est terminé que l’œuvre l’est vraiment aussi. » 

femme en blouson noir et rouge à lèvres rouge pleurant sur un fond de roses rouges rétro

Icônes et symboles

Notre époque, Melody ne la changerait pour rien au monde. « Aucune autre ne me ferait regretter nos avancées sociales et la liberté dont je peux disposer aujourd’hui » explique t-elle. Ses icônes incarnent d’ailleurs chacune à leur manière des idéaux progressistes et libertaires. Elles se nomment Frida Kahlo, Nico et Liv Stromquist. Artiste pionnière et engagée, Frida Kahlo est l’icône moderne par excellence. Résiliente et obstinée, son existence et ses œuvres ouvrirent la voie à toute une génération de femmes bien décidées à vivre leur vie comme elles l’entendaient. Quelques décennies plus tard, à New York, une autre figure s’impose dans le milieu underground et la Factory de Warhol : la mannequin, actrice et chanteuse Nico. « On la connaît seulement comme la muse et la chanteuse des Velvet Underground mais Nico était une artiste protéiforme accomplie dont j’admire l’audace ». Pour clôturer sa sainte triade, Melody cite enfin la féministe Liv Strömquist dont elle admire la créativité engagée et l’humour. Autrice, sociologue, dessinatrice, la suédoise interroge avec justesse les grands sujets de société et les amours de Leonardo Dicaprio à travers des œuvres ludiques où l’imagination convoque le réel.  

« Mes collages sont le reflet de mes questionnements »

À l’image de ses icônes, derrière chacun de ses collages, Melody souhaite délivrer une émotion, soulever une idée ou une opinion en interpellant le spectateur. « Je ne fais que questionner des sujets qui me préoccupent. Mes collages sont le reflet de mes questionnements mais aussi de mes convictions. En les partageant, j’ai le sentiment de prendre « part à la conversation » et de m’engager », souligne l’artiste. L’art du collage lui permet ainsi de mettre en lumière l’époque, ses symboles, ses pratiques et ses contradictions, tout en instaurant un dialogue avec le spectateur par le biais de l’imaginaire. « Le collage offre aussi cette évasion, cet onirisme dont nous avons tant besoin aujourd’hui », conclut-elle. Rêver, ce sera donc le mot de la fin.

Collage femme gris et nuage rose

Melody a dit, à offrir pour Noël, dès le 19 novembre 2020 sur notre galerie en ligne

corps femme sur un fond de flamme et avec une échelle de pompier

Femme avec du rouge à lèvres rouges avec de la fumée et un cendrier avec des mégots à la place de la tête

Portrait de femme surgissant de l'océan devant un bateau de pêcheur et pleurant des poissons