Frankie[GBR]

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02.01.2019

Chronique

par Juliette Mantelet

Pour commencer l’année 2019 sur de bonnes bases, départ pour l’univers de la mode éthique avec la marque Frankie. Cette dernière propose des vestes en jean customisées avec d’anciennes tapisseries chinées à Londres. S’habiller de manière plus respectueuse de l’environnement, c’est la résolution que nous devrions tous prendre car la mode est toujours la deuxième industrie la plus polluante au monde, immédiatement après le pétrole ! Et ça tombe bien car le marché de la mode éthique explose,et l’on peut désormais trouver des vêtements équitables à tous les prix et pour tous les styles.

OPTIQUE éCOLOGIQUE

La nature a toujours été présente dans la mode, comme motif ou comme inspiration pour des défilés devenus célèbres, comme ceux de Dior au Musée Rodin ou Chanel au Grand Palais (ou plutôt au bord de la mer). Mais cela n’est plus suffisant, l’urgence climatique est grandissante et il faut que la nature ne soit plus un simple motif dans la mode mais que la mode entre dans un nouveau système pour la protéger. Les marques semblent commencer à le comprendre. Des allocutions engagées d’une créatrice comme Vivienne Westwood, jusqu’aux efforts de la petite marque indépendante, la mode éthique commence à se démocratiser et à faire son chemin. Les consommateurs changent petit à petit leurs habitudes, comme avec le bio. En 2017, selon une étude de l’Institut Français de la Mode, 21,8 % des Français déclaraient avoir acheté des pièces conçues dans une démarche de développement durable et 47 % avaient opté pour le recyclage en achetant ou en redonnant des affaires déjà portées.

La mode éthique et la slow-fashion sont les deux concepts qui reviennent en ce moment, autour d’un thème commun : la protection de la planète. Car tout le monde sait désormais que la fast-fashion propose des vêtements qui consomment et polluent énormément (un kilo de linge pollue 200 litres d’eau, entre utilisation de pesticides dans les champs de coton et transports) et surtout, que ces vêtements sont produits dans des conditions de travail inhumaines. Personne ne peut plus l’ignorer depuis la date fatidique du 24 avril 2013 où plus d’un millier d’ouvrières sont mortes sous les décombres d’une usine au Bangladesh. En plus d’inviter à boycotter les grandes enseignes de fast-fashion, les créateurs essaient dorénavant d’utiliser des matières de meilleures qualités, de proposer des collections très limitées ou des vêtements un peu plus chers car conçus en France, ou encore de réutiliser des tissus déjà utilisés, que l’on customise et à qui l’on redonne une seconde vie, le tout en soignant le style pour prouver que l’on peut marier look branché et conscience écologique.

MADE IN CHINE, NOT IN CHINA

Élodie, bordelaise installée à Londres et chineuse invétérée a créé Frankie en 2015 dans cette optique écologique. Chaque année en France selon l’Insee, sont achetés en moyenne 30 kilos de vêtements et l’on en jette… 12 kilos ! Avec tout ce qui a déjà été produit, on pourrait habiller la planète pour encore 20 ans. C’est de ce postulat qu’est parti Élodie pour imaginer sa marque, comme Anaïs, des Récupérables, une marque dont nous vous parlions déjà dans notre art-book « Blue Hawaii » ‘2016) et qui est désormais souvent présentée comme modèle dans la mode éthique. La devise des Récupérables : « Pourquoi produire encore alors qu’il y a tant de matière à réutiliser ? » ; celle d’Élodie : « Il y a tant à faire plutôt qu’acheter à nouveau ».

Le point de départ de la collection de Frankie est le suivant : offrir une seconde vie aux tapisseries de nos grands-mères, en les associant avec une pièce incontournable de toute garde-robe qui se respecte :  la veste en jean. La veste se pare d’une grande pièce de tapisserie dans le dos et d’un rappel sur la poche à l’avant. Élodie chine chaque pièce avec soin dans les brocantes ou les charity shop de Londres et les assemble ensuite dans son atelier à la main. La veste Frankie, c’est un peu l’esprit de cette veste indémodable que l’on portait adolescent, recouverte de patchs et de badges en tous genres pour affirmer sa personnalité. Une marque basée sur l’upcycling donc, qui réutilise des vêtements et des tissus pour leur donner une seconde vie, mixant le branché du jean et le rétro de la tapisserie, comme souvent dans la mode éthique. En début d’année nous vous parlions par exemple des baskets Le Lissier qui fonctionnaient un peu sur le même principe, en réemployant des tissus d’ameublement sur une basket très tendance.

Élodie a toujours fabriqué des choses de ses mains, elle aime recoudre, customiser plutôt que de jeter et de racheter. Elle raconte se poser très souvent la question : que pourrais-je faire avec tel objet cassé, tel vêtement abimé ? La mode éthique c’est aussi revenir à ces méthodes de grand-mère, faire de la récup, détourner, comprendre que l’on peut réparer un vêtement plutôt que de s’en débarrasser. Cela compose alors des vêtements qui ont une vraie histoire à raconter, deux vies riches… Élodie se dit passionnée par le vintage et prend plaisir à ne produire que des vestes uniques, imaginées selon les tissus qu’elle chine. C’est l’avantage de l’upcycling, personne n’aura la même pièce et la veste Frankie que vous choisirez aura une tapisserie originale bien à elle pour exprimer votre style avec un motif à fleurs, une figure animale ou encore avec la Vierge dans le dos. Vivienne Westwood, mentor mode d’Élodie disait : « La lutte n’est plus entre classes, ni entre riches et pauvres, mais entre les idiots et les éco-conscients ». Lutter par les fringues ne semble plus si compliqué aujourd’hui et l’impact de cette industrie est énorme, alors vous vous y mettez quand ?