Filippa Edghill[SWE/BRB]

  • Peinture
  • La chronique
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10.05.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Filippa Edghill est une fille de l’eau et de la nature. Originaire à la fois de Suède et de l’île de la Barbade, elle vit aujourd’hui à Biarritz. L’océan fait partie intégrante de sa vie, au même titre que le surf ou que la peinture. Dans son art, l’eau est évidemment présente à travers l’aquarelle, sa technique de prédilection, qui lui permet d’unir l’océan et la femme dans des peintures abstraites, fluides et poétiques, où le bleu agit comme un fil conducteur entre ses passions.

ET L’OCÉAN CRÉA… LA FEMME

Le bleu traverse l’œuvre et la vie de Filippa. Ce bleu décliné grâce à la technique de l’aquarelle dans des dizaines de tonalités différentes, plus ou moins intenses, toujours lumineuses. Ses silhouettes tirent tantôt vers le vert, tantôt vers le violet ou le gris, comme les flots hypnotisants, qui ne cessent de changer de couleur tout au long de la journée. Des femmes en bleu, comme chez Faustine Badrichani. Renversant la tradition, le bleu serait donc en train de devenir la couleur du féminin… Certaines postures des femmes de Filippa évoquent aussi l’univers de Faustine avec ces figures statues, légèrement repliées. Mais chez Filippa, l’aquarelle donne aux femmes une dimension différente, en transparence, pour mieux illustrer toutes leurs facettes. La jeune suédoise met la femme et l’Océan en parallèle, tous deux immenses, puissants, essentiels, avec leurs cycles et leur capacité commune à donner la vie…

Filippa fabrique ses femmes à l’image des vagues de l’Océan. Elles sont composées de pleins et de vides, d’intensité et de fragilité, comme les vagues qui se fracassent sans cesse sur la dune. À travers cette technique, c’est une belle vision de la femme que livre l’artiste : une femme multiple, aux facettes variées, une femme changeante et sauvage comme un paysage et non figée comme une poupée, cantonnée à l’unique image que l’on donne d’elle. Leurs corps sont tous différents, comme dans le surf où Filippa raconte que les corps des athlètes sont extrêmement variés et bien moins importants que la grâce. L’aquarelle ne s’intéresse pas aux détails ou aux traits de visages. Cette technique offre au contraire la possibilité de soigner les contours, d’esquisser les formes, de suggérer les profils. Les femmes de Filippa dévoilent leurs seins ronds, leurs cuisses généreuses, leurs fesses rebondies, sans aucune vulgarité, toujours avec poésie et douceur, dans un jeu captivant entre l’ombre et la lumière. La peintre souhaite donner à voir tous les visages de la femme : la mère, la sœur, l’amante…

NE FAIRE PLUS QU’UN

Filippa ne peint en effet pas que les femmes, elle imagine aussi des couples apaisés, unis. Par sa technique artistique, la jeune artiste développe un autre message intéressant et universel, cette fois autour de la relation amoureuse. L’aquarelle, faite d’eau, est liquide, fluide, diluée, sans frontière stricte. Elle ne permet pas de distinguer les détails et offre ainsi à Filippa la possibilité de créer des couples en totale fusion. Des couples sans violence, sans rapport de domination, sans conflit de sexe. Des couples pris dans la passion et la sensualité, où les deux êtres ne font qu’un comme dans l’acte sexuel. On ne sait plus d’ailleurs qui est homme ou qui est femme. C’est la vraie union, la vraie égalité.