Etienne Caïl[FRA]

  • Peinture
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10.02.2015

Interview

par Julie Maury

Artiste lyonnais de 24 ans, Etienne Cail asiatise tranquillement mais vigoureusement des classiques picturaux occidentaux. Son travail sera exposé dans le cadre de la foire d’art contemporain lilloise « Art Up ! » du 12 au 15 février 2015. L’occasion de découvrir ses portraits imposants et techniquement impressionnants.
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Les nouvelles gueules

Etienne Cail est autodidacte. Il peint des portraits depuis ses 15 ans. « Des gueules de voyous et de gangsters. » Volontairement armé de pinceaux bon marché et de matériel pourri, il crée un corps-à-corps avec la toile. Ces contraintes l’obligent de ne pas se détourner de l’essentiel : seule la force qui se dégage finalement de ses « gueules » compte.

En 2012, il découvre le travail de Shi Xinning, peintre subversif chinois qui insère Mao Zedong dans des photos iconiques du 20e siècle ; avec les Beatles ou fasciné par l’urinoir de Duchamp. Le choc visuel est immédiat. Automatiquement, les gueules de voyous cèdent toute leur place aux gueules de Chinois.

Etienne Cail se rend quelques mois plus tard en Chine, dans la région de Pékin, où il rencontre Zhang Haiying, autre figure artistique de la scène picturale chinoise et qui présente au jeune lyonnais l’intelligentsia artistique pékinoise. Etienne est fasciné par leur rigueur. « Les toiles des artistes contemporains chinois sont pour moi ce qui se rapproche le plus d’un idéal pictural », confesse-t-il. Il ne se l’explique pas, c’est instinctif. C’est de l’admiration, pure et dure.

 

Les nouveaux codes picturaux occidentaux et chinois

Outre ses gueules, « peintes avec force pour que seul le charisme subsiste », Etienne Cail s’amuse avec les codes picturaux des classiques occidentaux et chinois. Il bride considérablement les visages du peuple représenté dans le célèbre Liberté de Delacroix ainsi que des trois personnages centraux du Déjeuner sur l’herbe de Manet. Le Louis XIV de Rigaud est devenu Kazuhiko, débarrassé de tous symboles régaliens. Les fleurs de lys sur le manteau ont disparu, l’artiste minimalise le détail pour se concentrer sur l’humain. « L’histoire de personnages historiques devient anecdotique, seules les gueules comptent », justifie-t-il.

« Et surtout, le Roi Soleil avec une gueule de chinois, c’est drôle. » Etienne Cail n’essaie pas de s’intégrer aux codes picturaux chinois. C’est là sa finesse. Ses œuvres sont à prendre au 2nd degré. La force qui s’en dégage est donc paradoxale. Presque ironique.

On ne peut s’empêcher de penser à Yan Pei-Ming, icône star de l’art contemporain chinois. Ses portraits en gros plan sont immenses, écrasants, peints frénétiquement, à grands coups de brosse. « C’est mon maître absolu », confirme Etienne.

 

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