Emma Cutrie[AUS]

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26.04.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Ce sont encore des femmes, puissantes et nues qui sont au cœur des toiles d’Emma Cutrie, jeune peintre australienne installée à Melbourne. Mais le style d’Emma est différent, plus géométrique, plus vaste. Ses toiles sont immenses et les femmes y sont toujours en groupe, représentées comme une sorte de communauté 100 % féminine qui évoque Les Demoiselles d’Avignon de Picasso. Sous ses pinceaux, Emma veut « récupérer la forme féminine », très souvent peinte par des hommes dans l’histoire de l’art ; qui représentaient la femme comme un objet de désir avec des canons de beauté spécifiques. Emma souhaite quant à elle apporter un autre point de vue et explorer par la même occasion son corps à elle.

MON CORPS

Le style d’Emma est presque un hommage au cubisme de Picasso. Elle n’utilise que trois teintes par toile qui se retrouvent aussi bien dans le décor que dans le corps des femmes, fusionnant ainsi les plans du tableau. Les femmes chez Emma sont découpées en diverses parties, symbolisées par des teintes variées. Un sein bleu, l’autre beige… La jambe droite est bleue, la gauche est marron… Si Emma représente le corps féminin de manière si géométrique, c’est pour le rendre objectif, neutre. Lui retirer toutes les projections préconçues et tous critères de valeurs. La peintre raconte qu’elle était plus jeune, mal dans sa peau et que la peinture a été pour elle une thérapie. « Le corps des femmes est scruté en permanence, examiné » explique l’artiste qui déplore les contenus des magazines féminins remplis d’articles racontant comment devenir une Wonderwoman sans vergeture. Alors Emma a voulu déconstruire ces schémas et revenir à la femme dans son essence : un corps abstrait car multiple, des ensemble de courbes, de couleurs, de lignes qui appellent à l’infini. Car la femme est trop plurielle pour être arrêtée à une représentation définie.

Si on retrouve des femmes assumées chez Emma, elle les représentant sur un angle originale, repliées sur elles-mêmes, principalement assises ou alanguies. Pour l’artiste, ces positions soulignent la beauté du corps féminin et surtout ses courbes. Des positions qui, décrit-elle, vont mettre en valeur une petite brioche sur le ventre, des hanches larges, des fesses généreuses. « J’aime montrer que les corps des femmes sont autorisés à être de n’importe quelle taille ». Ses femmes adoptent des positions de sculptures et Emma se dit d’ailleurs très inspirée par Jean Arp ou Henry Moore, connus pour leurs sculptures rondouillardes et tendres. Quant aux visages, la peintre les délaisse, pour ne pas évoquer des émotions individuelles – le visage étant la fenêtre sur le monde sensible – mais pour se concentrer sur un sentiment plus collectif de fraternité.

EMMA & SES SOEURS

Emma ne s’intéresse qu’aux femmes en groupes et défend la beauté de la solidarité féminine. « Pour moi toutes les femmes partagent un lien et cette amitié entre femmes est une ressource très puissante », raconte-elle. Elle va plus loin, ajoutant que notre société encourage la compétition entre femmes et entretient ce cliché des amitiés féminines compliquées voire toxiques. Pour l’artiste au contraire, et c’est ce à quoi elle appelle par ses toiles, les femmes doivent se soutenir, se renforcer mutuellement. C’est ensemble que les femmes pourront exploser les clichés et atteindre l’égalité. Ce thème de la communauté féminine, la chanteuse Angèle le défend aussi à travers son dernier clip réalisé par Charlotte Abramow, illustration de son titre féministe Balance ton quoi. Elle imagine une Anti Sexism Academy, menée par des femmes pour faire enfin changer les mentalités… Histoire en cours.