Emily Ponsonby[GBR]

  • Peinture
  • L'interview
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03.04.2020

Interview

par Juliette Mantelet

Emily Ponsonby : de Cape Town à Londres, peindre le nu

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© Juliette Mantelet

British life

Aujourd’hui, je vous emmène dans l’atelier d’Emily Ponsonby, artiste britannique installée dans la fourmillante capitale anglaise. Même si son cœur, lui, penche plutôt du côté de la nature, de l’eau, des grands espaces. D’ailleurs pour son confinement, Emily a tout de suite fuit la capitale pour se réfugier dans la ferme des Cotswolds où elle a grandi, accompagnée de ses frères et sœurs. Les Cotswolds, c’est certainement la région la plus cute d’Angleterre, la British life, la vraie, avec ses villages paisibles et ses cottages en pierre sous le lierre.

À Londres, son atelier est situé à Battersea, un quartier connu pour sa centrale électrique, immortalisée sur une célèbre pochette des Pink Floyd. Dans son atelier, on a passé un moment un peu hors du temps, avec un petit thé, des bougies allumées… On a parlé de poésie, de confiance en soi, du Cap et de Londres, bien sûr. Un échange tout doux, à l’image du regard plein de bienveillance qu’Emily porte sur les corps qu’elle peint et les femmes qui posent pour elle.

À la rencontre de son destin en Afrique du Sud

C’est un voyage au Cap qui a bouleversé la pratique artistique d’Emily. Elle a choisi de tout quitter, de tout bouleverser pour mieux créer et tout (re)commencer ailleurs. Avant de partir, Emily n’avait pas la même connexion avec son travail. Depuis ses cours d’étudiante elle peignait le nu, mais de manière très technique. Il lui manquait les sentiments.

Il y a deux ans, Emily s’est envolée pour l’Afrique du Sud où elle est restée 1 an et demi. À l’époque, elle raconte qu’elle avait tout pour être heureuse à Londres. « Un super studio, un copain incroyable » … Mais que pourtant, quelque chose la « démangeait ». Emily a tout remis en question, en commençant par se demander : « est-ce que cela va être ça ma vie ? ». Et très vite, elle s’est séparée de son copain et a déménagé au Cap, une ville « où la vie se vit en extérieur ». Emily voulait s’apaiser en marchant dans la campagne, en se baignant dans les points d’eau. Et là-bas, surtout, la jeune femme a commencé à poser. C’était pour elle le bon moment pour le faire, un moment de « totale liberté ». Où Emily n’était pas la fille ou la copine de quelqu’un, juste Emily Ponsonby, artiste. En décidant de se mettre à poser à son tour, Emily voulait aussi « se mettre à nue », être l’égale de ces femmes qui posent pour elle, comprendre ce sentiment. Et c’est ainsi que l’émotion s’est mêlée à la technique.

L’art de prendre la pose

« Les endorphines qui se précipitent à travers tout votre corps, ce flash de chaleur comme au moment où tu rates une marche à l’instant où tu fais tomber le peignoir. Ce sentiment d’être vivant, tout simplement ». C’est tout ça que ressent et recherche Emily quand elle pose. Et c’est pour ces émotions qu’elle a continué à poser, même après son retour à Londres. Pour ce sentiment incroyable qu’elle aime avant tout partager avec ses modèles et leur faire vivre à son tour. Car Emily pose et fait poser. Et ne peint qu’à partir de modèles vivants. Des femmes, pour la plupart des inconnues, trouvées sur Instagram. La première fois, Emily a simplement posté une story demandant si des femmes seraient partantes pour lui servir de modèle. En 24h, elle a reçu 48 réponses. De femmes qui avaient pourtant toutes des problèmes avec leurs corps, troubles alimentaires, maladies, manque de confiance en elles à cause des injonctions de la société, mais qui pourtant étaient prêtes à poser nues. Par ses toiles, justement, Emily les aide « à voir leur corps à travers le regard d’une artiste ». C’est-à-dire simplement célébrer la beauté de l’existence. La beauté du corps humain en tant qu’espèce. Avec sa peau douce et rosée, ses textures, ses contours. « Dans une pensée plus large que de se focaliser sur un bourrelet ou une cicatrice que l’on voudrait faire disparaître ».

« C’est un processus hyper excitant », s’enthousiasme Emily. Et elle nous décrit ce premier moment où les modèles passent sa porte, toujours nerveuses. La façon dont elle essaie de les mettre à l’aise en leur préparant un bon repas, en discutant avec elle pendant des heures. Et enfin, cet instant magique où le peignoir tombe et où ces femmes commencent à poser nues. « J’arrive vraiment à les voir se détendre instantanément et laisser s’en aller toutes les tensions dès qu’elles se fondent dans la pose ». C’est pour ce petit miracle, ces échanges, cette connexion qu’Emily ne peint qu’à partir de modèles, jamais à partir de photographies. Un peu comme j’utilise ma plume pour discuter avec tant d’artistes inspirants, Emily utilise ses pinceaux pour « rencontrer des femmes fabuleuses, qui viennent de partout dans le monde, ont toutes des carrières différentes et des perceptions variées de leur corps ». Et les rassembler dans ses toiles au souffle de vie puissant. On a qu’une envie, entrer dans sa danse. Une danse rituelle pour célébrer les femmes, l’existence, la terre et la beauté du corps humain et ses imperfections.

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