Dudi Ben Simon[ISR]

  • Photographie
  • La chronique
Envie de créer un projet avec cet artiste ?
Contactez-nous
22.11.2021

Chronique

par Julie Le Minor

Dudi Ben Simon, Tel Aviv en ready-mades

Pour ce second portrait du mois, direction Tel Aviv à la rencontre de l’artiste et directeur créatif Dudi Ben Simon.

Verre d'eau renversé sur une photo de femme formant une larme sur sa joue

Alors que l’hiver se profile ici et que le thermostat flirte bientôt avec le degré 0 de la température, Dudi Ben Simon nous répond depuis Tel Aviv où la température avoisine aujourd’hui les 23 degrés. Bien loin de moi l’idée de vous faire le bulletin météo de Paris et de Tel Aviv – comme David Lynch à Los Angeles – mais pour comprendre l’imaginaire de Dudi Ben Simon, il faut imaginer cette ville au bord de la mer où il fait bon vivre. « Je pense que Tel-Aviv est l’une des villes les plus belles et les plus amusantes du monde, confesse l’artiste. C’est une ville multiculturelle, en pleine émulation créative, qui regorge de talents dans de nombreux domaines ». Alors que vous buvez un chocolat chaud en lisant cet article, Dudi est donc peut-être à la plage, « l’un des endroits les plus chauds de Tel Aviv » où, chaque jour, il a l’habitude de faire du sport ou de se balader « juste pour l’âme ».

le sens de l’humour et des images.

En regardant les œuvres gaies, piquantes et colorées de Dudi Ben Simon sur Instagram, on se dit que l’artiste et publicitaire a le sens de l’humour et des images. Dans ses montages expérimentaux inspirés de l’univers de la mode et du design, le papier rencontre la matière et l’objet du quotidien se déconnecte du réel pour créer une nouvelle entité artistique. Comme Marcel Duchamp avant lui, l’initiateur du ready-made au début du XXe siècle, Dudi Ben Simon défend un art conceptuel et minimaliste en s’appropriant des objets qu’ils privent de leur fonction utilitaire afin de les transformer en œuvre d’art. Suivi par plus de 27k abonnés sur Instagram, ses montages loufoques et poétiques détournent ainsi la réalité pour faire passer un message original et singulier que chacun peut ensuite interpréter comme bon lui semble.

Classeur ouvert dont la boucle forme une boucle d'oreille à une photo de femme

La communication visuelle, voici donc le dada de Dudi Ben Simon. « J’ai toujours été très créatif. Enfant, j’étais déjà doué pour la peinture puis j’ai suivi des cours d’art. Je crois que mes proches n’ont pas du tout été surpris que je suive cette voie », confie-t-il. Aujourd’hui, Dudi Ben Simon est directeur artistique au sein du groupe Israel Publicis, l’un des principaux bureaux de publicité du pays. Au fil des années, son évolution au sein de cet univers lui a permis d’aiguiser son regard sur le monde qui l’entoure et finalement, il a franchi le rubicon. « Après une longue expérience dans le décodage de briefs marketing, j’ai ressenti le besoin de créer et de m’exprimer librement. Je voulais partager mes idées et la manière dont je vois les choses comme je le souhaitais. Instagram était alors la scène idéale pour exposer mes nouvelles créations ».

Le tour est joué.

Véritable mystificateur du réel, Dudi Ben Simon a ce fameux « oeil » que l’on vénère tant chez les créatifs. « Je crois vraiment au minimalisme, explique-t-il. Comme dans la publicité, ce qui n’est pas nécessaire pour raconter une histoire n’existe pas. Tout doit être simple, sans perturbations ; nous n’avons pas le luxe de faire réfléchir les clients sur notre créativité ». À l’heure où un flux d’image nous envahit du matin au soir, Dudi Ben Simon mise donc sur la simplicité pour attirer le regard et interpeller le public. « Prenez par exemple les écouteurs d’un smartphone. Laissez-les dans leur environnement naturel, sur une table, en y ajoutant un papier sur lequel est imprimé le bas d’un corps féminin. Changez le sens des écouteurs et vous verrez apparaître un soutien-gorge ». Le tour est joué.

Ecouteurs formant un soutien-gorge posé sur une photo de femme en bikini blanc

Pour créer ses œuvres conceptuelles et composites, Dudi s’inspire de chaque objet qui l’entoure. « Mes créations sont le reflet de ma vie », confesse-t-il d’ailleurs. « Tout commence par une étincelle. Je suis subitement attiré par un élément que j’ai vu et aimé, comme une photographie imprimée dans un magazine par exemple. Puis, je place l’élément devant moi et je l’observe de temps en temps jusqu’à ce que l’idée se forme pleinement dans ma tête. Enfin, je crée une composition que je stylise et photographie moi-même ». Finalement, à travers ses œuvres touche-à-tout, Dudi Ben Simon met en scène notre quotidien. « Très vite et à ma grande surprise, les gens se sont intéressés à mon travail. Mes œuvres ont été couvertes dans de nombreuses publications et sites spécialisés dans le design, l’art et la culture ». De Vogue Korea à Elle Hong Kong en passant par les États-Unis et l’Europe, Dudi Ben Simon séduit un public hétéroclite. Ses œuvres dépassent le public d’Instagram et s’exposent aussi dans des galeries à New-York ou à Paris. Son plus grand rêve ? « Réaliser une exposition surprenante avec un concept singulier au MOMA de New-York ou dans une autre institution digne de ce nom ».

« Je préfère photographier un papier imprimé plutôt que de voir imprimer mes créations finales »

Flirtant entre papier et digital, Dudi ne pourrait se passer aujourd’hui ni de l’un, ni de l’autre. Le digital reste selon lui le médium idéal pour exposer ses œuvres à un public ciblé et intéressé, sans intermédiaire, ni commissaire priseur ou bureau de presse. Le papier, au contraire, reste l’une de ses principales sources de création bien qu’il ne soit pas un but en soi. « Je pense que le passage du digital au papier peut réduire la lecture et la visibilité d’une œuvre. Je préfère photographier un papier imprimé plutôt que de voir imprimer mes créations finales ». Alors que le papier disparaît de plus en plus aujourd’hui face à l’expansion du digital, surtout dans le domaine de la publicité, Dudi base toujours une grande partie de son travail sur des photographies imprimées à partir desquelles il crée une composition avec un objet. Le papier reste ainsi l’élément principal de son histoire. « Je suis heureux d’avoir trouvé une façon intéressante d’utiliser le papier à une époque où il est de moins en moins utilisé. Toutefois, d’un point de vue écologique, je suis plutôt content de l’affaiblissement du besoin de papier dans le monde ».

Magazine de mode dans un sac en plastique transparent posé sur un siege de voiture Photo de 2 hommes sur un cheval noir dont la tête est remplacé par une chaussure noire Sachet en aluminium plié formant une robe sur une photo de femme en noir et blanc