David Behar[USA]

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21.05.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

À Paris, le soleil a disparu depuis plusieurs jours mais pas d’inquiétude, il est bien présent dans les images de David Behar, photographe américain installé à Los Angeles. Son obsession ? La plage et le bleu turquoise. Deux éléments qui font du bien à nos yeux perdus dans la grisaille. David a grandi en Floride, un espace où même les hivers sont chauds. Habitué de la chaleur et de l’ensoleillement, le photographe les fait revenir partout et instantanément avec ses clichés idylliques et minimalistes.  Direction la Floride.

UN ÉTÉ SANS FIN

Quand notre société fait face à de nombreux problèmes, deux tendances coexistent généralement dans l’art. La première consiste à aborder ces sujets frontalement, à les dénoncer par un art engagé, porteur d’un message clair. La seconde, se rapproche plutôt du mouvement de l’art pour l’art, porté par Théophile Gautier. On retourne à l’esthétique pure pour offrir un monde plus beau où l’on s’évade loin de la souffrance pour tout oublier. C’est un peu le cas de David, qui nous plonge dans un éternel été. Pour lui, la saison estivale est par excellence la période du bonheur et de l’insouciance. Son style photographique est très minimaliste, géométrique, propre. Il se résume à deux couleurs principales éclatantes : le bleu turquoise, sa couleur préférée, et le blanc. Ce sont des instants de plages, de vacances, qui, où que l’on soit nous ramène vers l’été. Chaque élément y est bien rangé, même les chaises de plage semblent être en harmonie parfaite.

Pour recréer cet été permanent, David ne photographie que par temps ensoleillé pour produire cet effet d’éblouissement immédiat qui rappelle l’arrivée sur la plage, le premier jour des vacances. Ce moment où l’on doit plisser les yeux pour s’habituer au soleil récemment retrouvé. Le photographe se rend sur le sable de Floride systématiquement entre 10h et 12h, quand le soleil est au plus haut, faisant ressortir les teintes. Il se promène à la recherche de personnes et de scènes dignes d’intérêt. Il guette la bonne position, attend de trouver la composition parfaite déjà établie. Par ses images, il souhaite proposer la meilleure version possible de la plage. Ainsi, la retouche joue un rôle essentiel dans son travail, c’est elle qui lui permet d’atteindre ce monde idyllique et parfait, où rien ne vient gâcher ce superbe bleu cyan. Tout est beau, tout est lisse, sans accroc. David s’amuse et supprime les personnes distrayantes, les objets disgracieux. Hop, ordures et poteaux disparaissent pour offrir au spectateur un monde plus merveilleux, sans défaut. Si Alexandre Chamelat désaturait les teintes des plages normandes pour plus de nostalgie, David, lui mise tout sur la saturation pour charmer l’oeil. L’artiste se débarrasse de ce qui pourrait faire sortir son public de sa bulle de bonheur. Ses photographies proposent alors un univers léché, digne d’une comédie musicale de Jacques Demy, un monde meilleur car quasi enfantin comme celui de Ben Thomas, une réalité augmentée qui apaise et fait du bien car parfois il faut le reconnaître, on a bien besoin d’un peu de triche. Comme si de temps à autre, on aimerait avoir un filtre magique pour illuminer nos journées grises, comme dans ces clichés d’été.