Charlotte Ager[GBR]

  • Illustration
  • La chronique
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30.09.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Alors que la tendance en illustration est plutôt à la rondeur des traits et à la douceur des couleurs, l’œuvre de Charlotte Ager nous a frappé par la fugacité de son style. Imprécis, abrupt, vif. Elle croque la vitesse folle des grandes villes, le temps qui passe, la vie qui file. Elle esquisse, glisse sur la feuille. Ne s’attarde pas.

BIG CITY LIFE

Rapide, émotif, méditatif. Trois adjectifs qui collent au travail de Charlotte. Ses traits rappellent nos gribouillis enfantins un peu en désordre. Les passages du crayon sont encore apparents. Les scènes en mouvement sont composées de hachures. Les personnages sont griffonnés, ébauchés, imparfaits. L’artiste aime aller vite, pour ne pas laisser de place aux doutes. Son style élémentaire semble un clin d’œil à son enfance, « merveilleuse », sur la paisible île de Wight, au bord de la mer, en perpétuelle mouvement. Mais il cache aussi des ruptures, évoquées avec la maturité de l’adulte et des couleurs plus sombres, comme ce bleu profond récurrent. Un entre deux âges inhérent à la vie. Plus grande, Charlotte a été témoin du divorce de ses parents. Une prise de conscience irréversible de la rapidité avec laquelle tout peut basculer. Une thématique qui marque profondément son travail aujourd’hui ; qu’elle aborde l’empressement de la vie ou de la ville.

Par ce style brut, Charlotte communique de manière directe ses émotions. Elle déteste faire semblant, se trouver des excuses, se cacher derrière les mots. Porter un masque en somme. Ses dessins sont donc honnêtes, sincères et pas toujours joyeux. Elle y évoque la solitude des grandes villes, la difficulté d’y faire sa place. Une approche très expressive. La jeune femme vit à Londres, cette ville monde de plus de 8 millions d’habitants, avec laquelle elle entretient une relation conflictuelle : « love & hate ». Elle apprécie ses parcs, sa diversité, mais déteste la solitude qu’elle engendre, ce sentiment cruel d’être perdu dans une foule anonyme et son rythme effréné, épuisant. C’est le quotidien endiablé dépeint par Anna Ferrier dans son livre « Un jour, un dessin ». Le drame de la vie moderne. La rapidité du trait de Charlotte calque l’agitation de la ville. Un personnage solitaire erre au milieu d’une foule floue. L’illustratrice rêve de Barcelone, de la dolce vita, des siestes au soleil. Et qualifie notre monde de « chaotique et merveilleux ». Une quasi antithèse à l’image de son travail : entre traits enfantins et lecture hyper mature de nos sociétés trop pressées.