Bon Entendeur[FRA]

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26.07.2019

Interview

par JULIETTE MANTELET
Bon Entendeur, c’est qui, c’est quoi ?

Nicolas : Bon Entendeur ce sont trois amis, passionnés de musique, qui se sont fait connaître par les mixtapes. Ça a commencé en 2013, avant c’étaient des playlists. Il y en a une cinquantaine, et pour concrétiser ce projet de mixtapes on a sorti un album, le 7 juin, qui s’appelle « Aller-Retour ».

ET CETTE passion pour la musique elle vient d’où ?

Arnaud : Elle ne vient pas de nos parents. Elle vient plutôt d’une curiosité personnelle, en tout cas pour Pierre et moi. Chez nous, on n’écoute pas spécialement de musique, donc c’est vraiment un truc dans lequel on est tombé de notre plein gré.

Pierre : Oui, à force d’en chercher. Avant de créer Bon Entendeur, on avait une chaîne Youtube où on mettait des sons qu’on allait dénicher à droite à gauche. Et ça a commencé comme ça en fait, en allant chercher des sons. C’est ce qui nous a donné envie de créer des playlists, puis des mixtapes en tant que Bon Entendeur.

Comment avez-vous décidé de créer le projet Bon Entendeur ?

Arnaud : Au départ j’avais une chaîne Youtube, sur laquelle je publiais des musiques dont je n’avais pas les droits. Je me suis pris trois alertes de réclamation de droits d’auteur et on a fini par fermer ma chaîne. Je me suis dit que le meilleur moyen de continuer à publier de la musique sans risquer que l’on ferme ma chaîne, c’était d’acheter un nom de domaine et de faire un site. Donc j’ai acheté bonentendeur.com et Pierre m’a rejoint rapidement et on faisait des playlists à deux, en dehors de Youtube.

Et l’idée de faire des mixtapes ?

Pierre : On tournait un peu en rond à faire des playlists. Alors on a franchi le cap.

Arnaud : On en avait écouté beaucoup déjà. Et puis c’était cohérent comme on faisait des playlists, on a voulu assembler tout ça, faire un gros bloc et ça a tout de suite pris, dès la première avec DSK. Et derrière, on avait plein d’autres idées de personnalités, de discours à mettre en musique. On en a fait plus de 50 aujourd’hui.

Est-ce que c’est un nouveau type de journalisme musical ?

Pierre : Ce n’est pas du journalisme ! On ne va pas aller rechercher des informations sur la carrière de l’artiste en question. En revanche, on va voir un peu sa bibliothèque et regarder à la loupe tout son profil, mais il n’y a pas un travail d’investigation journalistique.

Arnaud : Ce n’est pas du journalisme mais c’est peut-être une forme de média pour certaines personnes qui nous suivent. Il y a des gens qui se tiennent au courant des nouvelles musiques via nos mixtapes. En ce sens-là c’est peut-être un média, mais nous on n’est pas journalistes.

Y-a-t-il des profils communs entre toutes ces personnalités ?

Nicolas : Souvent ils se rassemblent tous sous ces mots-clefs : grain de voix, charisme, éloquence, combat. Ce sont des gens qui représentent quelque chose d’assez fort.

Vous avez des velléités de susciter le débat avec les personnalités que vous interviewez ?

Pierre : Non, on n’a pas envie de faire des mixtapes clivantes. C’est pour cela qu’on évite d’ailleurs tous les sujets politiques. L’idée n’est pas de diviser, ou d’écouter de la musique avec des sujets lourds… Cela ne veut pas dire que ça ne doit pas faire réfléchir, mais on n’a pas envie de créer des tensions, le propos du projet n’est pas là. On privilégie plutôt des thèmes universels comme la passion, la séduction, l’optimisme, l’écologie. On peut débattre dessus, mais ce sont des sujets intemporels.

Arnaud : On n’a pas envie que les gens pensent qu’on est droite ou de gauche. Les gens essaient trop souvent de nous mettre dans des cases.

Pierre : On essaie juste de mettre en avant des personnalités inspirantes qui représentent bien la France et la tirent vers le haut.

Et qu’est-ce qui vous plaît le plus dans cet exercice des mixtapes ?

Pierre : La liberté ! Pour un album on ne peut pas se permettre de partir dans tous les sens, il faut quand même qu’il y ait une ligne conductrice. Alors que dans les mixtapes on s’autorise tout. C’est simplement l’envie de rassembler des titres qui nous plaisent à tous les trois. Parfois cela fait un peu le yoyo dans les styles mais on a une liberté totale et c’est agréable comme exercice.

Que pourriez-vous dire du paysage musical actuel ?

Arnaud : Je trouve ça très cool qu’il y ait cette grosse scène rap français qui s’exporte partout. J’ai lu un article comme quoi Aya Nakamura était numéro 1 en Hollande, ce qui n’était pas arrivé depuis Edith Piaf. Je trouve ça génial qu’il y ait cette effervescence créative.

Qui rêvez-vous d’accueillir dans vos prochaines mixtapes ?

Nicolas : Marion Cotillard j’adorerais, je trouve qu’elle représente un truc vachement chic. Et Leila Bekhti, parce qu’elle me fait rire et que j’aime ce qu’elle dégage.

Pierre : Jean Dujardin, évidemment. Mais j’aimerais aussi qu’on fasse une mixtape sur l’écologie, c’est un thème qui nous tient à cœur. Et pour moi il y a deux personnes qui incarnent bien ce combat. Aurélien Barrau, qui prend beaucoup la parole en ce moment et dont j’adore la façon de s’exprimer, son point de vue, et Thomas Pesquet. Quand il est revenu sur terre il a expliqué qu’il avait vu les effets du changement climatique et de l’homme depuis l’espace et je pense qu’il a des choses incroyables à raconter.

Arnaud : Fabrice Luchini ! Pour sa manière de parler, ses idées, son éloquence, son charisme. En musique ça rendrait très bien je pense.

Et comment choisissez-vous les angles pour chaque personnalité ?

Pierre : On ne les choisit pas trop en fait. On prépare une petite liste de questions, assez larges, et ce sont les personnalités sans s’en rendre compte qui définissent elles-mêmes leur thème. On comprend vite qu’il y a des sujets qu’ils n’ont pas envie d’aborder, et d’autres sujets, à l’inverse, qu’ils développent beaucoup.

Nicolas : C’est en écoutant l’interview après coup tous les trois, on repère des passages et c’est là qu’on se dit : « Ah tiens ce mot là il représente bien ce qui a été dit ».

La voix parfaite pour Bon Entendeur, quel timbre A-T-ELLE ?

Pierre : C’est une voix française d’un acteur américain, mais une voix style Morgan Freeman. Très profonde et où on a l‘impression que chaque mot est pesé, a un sens.

Arnaud : Bohringer !

Nicolas : Ou moi je pense à Reno. Cette voix grave, avec un voile et un coffre.

Qu’est-ce qui mérite d’être remixé ?

Arnaud : Dans un premier temps on fait une énorme playlist avec tous les morceaux qu’on imagine pouvoir remixer. Et après on les passe dans le logiciel pour voir ce qu’il est possible de faire ou pas. Il y a plein de critères mais déjà, étant donné que ce sont de vieilles musiques, on n’a pas de multipistes, donc il faut essayer de trouver des moyens, avec des filtres et des effets, pour étouffer ou amplifier certains éléments du morceau.

Nicolas : Et puis dans la sélection il y a un critère très important mais moins sexy, c’est l’aspect juridique. Car nous revisitons des tracks anciennes, donc à chaque fois il y a la question des ayants droits, des labels… Par chance c’est notre label qui s’en occupe, mais ça n’est pas anodin car il y a des tracks que l’on rêverait de toucher mais nous n’avons pas le droit.

Et pourquoi uniquement des titres en français ?

Arnaud : Car nous sommes Français, tout simplement. Et parce que nous sommes admiratifs de la culture française. C’est une volonté commune d’explorer ça.

Nicolas : Et puis c’est une question de voix. Aucun de nous trois n’est vraiment bilingue, même si on se débrouille, et je pense qu’on ne ressent pas les choses de la même manière quand c’est ta langue maternelle ou non. Cela ne fait pas le même effet, on veut avoir des frissons. L’introduction de Jean Reno, où il se confie, si c’était en anglais ça ne me toucherait pas pareil, c’est plus direct.

Pourquoi avoir décidé de sortir un album ?

Pierre : Ce qui n’était pas évident, c’était de combiner nos différents univers. Parce qu’entre les mixtapes, nos DJ sets et « Le Temps est bon », on pourrait presque croire parfois que ce sont trois artistes différents. L’album, il fallait qu’il ait la couleur de tout ça sans se bloquer. On a réfléchi pendant longtemps à l’angle de cet album et on s’est dit que ce serait un challenge intéressant de se concentrer sur une période donnée, en l’occurrence les années 60-70, où il y avait une vraie effervescence musicale. On trouvait ça intéressant de se pencher sur ces années-là pour faire des remixs. Mais il y a aussi trois productions originales dans l’album.

Et l’Aller-Retour, c’est l’aller-retour vers le passé ?

Arnaud : Oui, mais pas que !

Pierre : On a beaucoup hésité, il y a eu un vrai raisonnement. On aimait bien l’aspect de mobilité, qui se voit d’ailleurs sur la pochette de l’album. L’aller-retour entre les vacanciers l’été, les bouchons sur la route, cette notion de mouvement. Et puis évidemment cette notion d’aller-retour entre les années 70 et maintenant.

Nicolas : C’est aussi l’aller-retour dans les styles, entre d’un côté des productions originales et de l’autre des tracks revisités.

Pierre : Cela mettait un nom sur la difficulté qu’on avait à expliquer notre projet (Rires).

 Et comment défendez-vous votre album en live ?

 Arnaud : On a créé le Bon Entendeur show. On a préparé une scénographie avec des écrans derrière nous et plein d’animations lumières. Elle reprend une espèce de plateau TV et des effets visuels apparaissent. On a fait un partenariat avec l’INA qui nous a donné accès à tout son catalogue de vidéos et on a donc pu piocher des images d’archives pour enrichir visuellement notre show pour défendre notre album.