AURORE BANO[FRA]

  • Photographie
  • L'interview

Old school is cool

Procurez-vous dès maintenant l'oeuvre de l'artiste sur notre galerie d'art en ligne !
Procurez-vous dès maintenant l'oeuvre de l'artiste sur notre galerie d'art en ligne !
09.12.2020

Interview

par Julie Le Minor

Aurore Bano, on the road again

Avec Aurore Bano, old school is cool. Depuis la cour du collège jusqu’à ses fameux road trips, la photographe ne quitte jamais son appareil argentique. Son univers graphique et coloré sublime l’ailleurs et le lointain avec une touche rétro qui emprunte à la photographie américaine en couleur des années 60 aux années 80. Tafmag prend la route avec Aurore Bano.

Photographie du quotidien

Depuis son enfance, Aurore est créative. Pinceau, crayon, appareil photo en main, elle croque le quotidien à travers ses photographies et dessins. Tout y passe : la cour de récré, les voyages d’école, les années collège et lycée, les booms, les vacances. Des paysages aussi, au gré de ses balades dans la nature. Armée de de son premier point & shoot Skina, elle s’initie au 8e art. Les années filant, Aurore pose son appareil photo pour se consacrer à ses études en Psychologie puis en Histoire de l’Art. Le numérique pointe aussi le bout de son nez et Aurore s’éloigne de la photographie. “Ce procédé créatif m’attirait moins”, confie-t-elle. Mais sa passion revient au galop après une expérience professionnelle au Palais de Tokyo. En observant les artistes évoluer dans l’enceinte du musée parisien, Aurore prend conscience qu’elle souhaite se remettre à créer. “Je me suis plongée dans la photo argentique au moment où celle-ci redevenait de nouveau à la mode. J’ai sauté sur l’occasion.”

Ses compagnons de vie de et voyage se nomment depuis Rollei 35SE, Canon AE-1 et Nikon F3. La jeune photographe aime la surprise et l’expérimentation que procurent ces appareils. Jusqu’au dernier moment, elle ne sait pas exactement à quoi ressembleront ses clichés. Contraste, texture, grain, tout y passe. Rien n’est prévisible. “Tu concentres tout dans une seule prise de vue. Tu n’as que 24 ou 36 poses dans une pellicule. Cela permet de prendre le temps d’observer afin que ce one-shot soit le bon.” Ce processus ludique permet ainsi de créer un autre espace temps, plus long, plus lent, où seuls comptent le sujet et le moment où l’on décide de le capturer. Une pellicule, une photo, tout dans l’argentique rend l’art unique. Le viseur devient le monde. Et le monde s’introduit dans le viseur.

Old School is cool

Aurore a l’œil. Architectures, paysages, objets, natures mortes, intérieur et extérieur façonnent son imaginaire dont les inspirations s’étendent de l’art contemporain de David Hockney ou Edward Hopper au cinéma de Wes Anderson. On retrouve l’esthétique graphique et colorée du réalisateur texan ainsi que certains de ses leitmotivs artistiques dans les images de la photographe : des phares, des hôtels, des stations balnéaires et des espaces géométriques où la poésie rencontre le banal. Aurore revendique d’ailleurs le caractère cinématographique de ses photos. “On se plonge dans une scène que l’on capture qui peut ensuite dérouler une histoire dans la tête des gens. La photo, c’est quelque chose de sensible. J’aime aussi dégager une atmosphère, une lumière particulière dans un cliché comme un chef opérateur pourrait le faire dans un film.

Il y a aussi une petite touche rétro dans la photographie d’Aurore, comme une pointe de douce nostalgie d’un temps qui serait déjà révolu. Ses images n’ont pas d’âge, elles pourraient aussi bien avoir été prises dans les sixties, les seventies ou les eighties. Cette touche vintage, presque old-school, semble ainsi rendre hommage à un temps plus lent, à une géographie d’à côté où le local prime, où les constructions respectent la nature et où le quotidien épouse encore les saisons. Un vieux téléviseur, une banquette de train en cuir, des voitures anciennes, des mobil-home, des paysages, beaucoup de paysages, viennent ainsi ponctuer ce voyage vers l’ailleurs et le maintenant, l’ici et le lointain.

On the road again

Sublimer le quotidien et le banal à travers l’objectif, c’est le credo visuel de la photographe. Depuis son Auvergne natale jusqu’à ses voyages au Canada ou en Islande, Aurore se nourrit de tout ce qui l’entoure. Du moindre détail comme du plus grand paysage. Elle s’inspire autant de la photographie de Harry Gruyaert que des autoportraits de Vivian Maier, la photographe anonyme la plus célèbre de New-York. “J’aime aussi beaucoup les photographies en couleurs des années 60 à 80, de Joel Meyerowitz à William Eggleston en passant par Stephen Shore. Plus récemment j’admire beaucoup le travail de Pia Riverola ou les portraits de Monica Figueras.” Pour la photographe, un simple objet ou décor devient matière à réflexion. Il devient un symbole, le reflet d’une époque, d’un mode de vie et de consommation. Tout comme les stations-services d’Ed Ruscha dans l’Amérique des années soixante, un simple objet prend sens à travers l’objectif, il devient une façon d’appréhender le monde pour celui qui s’en sert et celui qui le prend.

“Généralement je découvre un endroit et plus je le découvre, plus j’ai envie de m’y rendre. Je commence alors une phase de recherches et de repérages, puis je pars. J’adore les road-trips, cela fait partie de ma photographie. J’adore quitter l’autoroute dans un endroit que je ne connais pas pour m’aventurer sur les à-côtés. Lorsque je trouve un cadre qui me plaît, j’essaye de me garer au plus vite en faisant le moins de dégâts possible », s’amuse-t-elle. Aurore a ainsi parcouru 12000 km avec une amie sur les routes du Canada et des États-Unis. Thelma et Louise n’ont qu’à bien se tenir. L’Espagne reste aussi une destination prisée par la photographe, comme la Costa Blanca où se trouve là Muralla Roja de l’architecte espagnol Ricardo Bofill également célèbre pour La Fábrica ou Xanadu, en Espagne et pour les célèbres Espaces d’Abraxas en région parisienne.

En plus d’être photographe, Aurore suit une formation pour devenir art-thérapeute. En se fondant sur le pouvoir thérapeutique de l’art, cette pratique propose de promouvoir la créativité et le potentiel artistique de chacun afin de soigner, guérir ou dans une optique de développement personnel. En introduisant notamment la photographie dans des dispositifs de soin, Aurore souhaite poursuivre sa passion à travers la pratique libérale de la photothérapie à l’image de la spécialiste Judith Weiser, à Vancouver. Ses futurs projets ? Peut-être la préparation d’un livre auto-édité de ses photographies pour l’automne prochain… À bon éditeur, salut.

Les oeuvres d’Aurore Bano sont disponibles sur la galerie en ligne Tafmag.