Atelier Unes[FRA]

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12.03.2020

Chronique

par Juliette Mantelet

« Tu vois la forme comment : évasée ou droite ? », « Tu vois des poches ou pas de poches ? », « Tu nous verrais développer quelles pièces ? »… Voici le genre de questions auxquelles chacune d’entre nous peut aller répondre sur le site d’Atelier Unes, notre marque éthique du jour. Et pas n’importe quelle marque. Une marque de « prêt-à-porter collaborative ». D’où le s venu s’ajouter à l’article indéfini une. Toutes les clientes d’Atelier Unes peuvent s’exprimer grâce à des sondages, disponibles sur le site. Imaginer avec Violette et Matthieu, les deux fondateurs, les prochaines pièces à sortir, donner leur avis, leurs envies. Et surtout exprimer leur besoin. C’est sur cela que veut se baser le label, rien d’autre. « Renverser les modes de création » en ne créant pas dans le vide mais pour répondre à un besoin réel. Et concrètement exprimé. C’est pour cette raison aussi qu’Atelier Unes ne fonctionne que sur le principe de la précommande. Parce qu’imaginer la mode du futur, ce n’est pas que repenser les matières, c’est aussi transformer les modes de production et de création. Aller vers l’inclusif. On vous explique ce nouveau modèle.

DIS-MOI TES BESOINS

Quand Violette, styliste et modéliste de formation a décidé de lancer sa propre marque, dégoûtée comme tant d’autres par une expérience forte dans le luxe – au sein d’une marque qui se contentait d’acheter à bas prix des tissus chez des ateliers clandestins chinois à Paris pour les revendre à des prix exorbitants -, de nombreuses femmes autour d’elle sont venues lui dire ce qu’elles aimeraient porter et voir développer. La créatrice a vite compris que toutes les femmes avaient leur propre avis sur la mode. Et leurs propres besoins, notamment de pièces qu’elles ne trouvent pas ailleurs. C’est comme ça qu’Atelier Unes est née, « une marque qui se base sur les avis des clientes ». Violette part des besoins de chacune pour créer un vrai mouvement commun et des modèles indémodables. En 18 mois d’existence, plus de 25 000 femmes ont déjà participé à ces sondages.

Le premier questionnaire demandait aux clientes par quels essentiels la marque devait commencer l’aventure. Désormais, une nouvelle enquête est développée tous les six mois pour poser cette question simple mais essentielle : de quoi avez-vous besoin ? À partir de cette liste, Violette commence à imaginer les pièces, à faire des prototypes et bien sûr, à réfléchir à la meilleure matière éco-responsable pour créer ce nouveau vêtement. Pour la jupe midi à venir bientôt, c’est le Tencel. Ce nouveau tissu écologique révolutionnaire dont nous vous parlions avec Noyoco. Une matière fluide et respirante qui ne se froisse pas. Une fois que Violette a mis en route sa tambouille, la partie sondage commence pour de bon. En ligne, elle fait des propositions et les clientes décident. Pour créer au mieux, au plus près de leurs besoins, ensemble. Tombé, poches, couleurs, motifs, finitions… Rien n’est laissé au hasard. Le sondage se termine sur « le positionnement », ou le prix maximum que la cliente serait prête à mettre pour le vêtement en question. Et l’équipe essaye autant qu’elle le peut de s’aligner. Les besoins sont ainsi clairement définis, il n’y a plus qu’à fabriquer en étant sûrs de ne pas produire en vain.

N’EN JETEZ PLUS

Après les sondages collaboratifs, Matthieu et Violette ont aussi cherché ensemble un moyen « de ne pas travailler sur du stock ». Le modèle classique de la mode. On se rappelle tous de ce chiffre effarant publié en 2018. H&M cette année-là avait plus de 4 milliards de dollars d’invendus sur les bras. Une mauvaise gestion indécente et très loin d’être anodine quand on sait que la mode est toujours la deuxième industrie la plus polluante au monde. Et que la plupart de ces stocks et invendus finissent brûlés. H&M est d’ailleurs accusé de brûler 12 tonnes de vêtements par an. Et dans le luxe ce n’est guère mieux, Burberry a détruit en 2017 des vêtements et des cosmétiques d’une valeur de plus de 30 millions d’euros, soit l’équivalent de 20 000 trenchs de la marque. Si le Sénat a voté en septembre dernier une loi visant à l’interdiction de destruction des invendus non-alimentaires, il est bon – et temps – de mettre en lumière de nouveaux modèles. Chez Atelier Unes, on ne produit donc que face à une demande précise. Le système de la pré-commande est pour cela idéal. Comme ça, explique Matthieu, « la plupart du stock est déjà vendu avant même d’être produit« . Un tout petit nombre de vêtements supplémentaire est ensuite disponible sur le site. Pour sa marinière, la dernière pièce proposée par l’équipe, Atelier Unes a réalisé 115 ventes en seulement deux jours. Alors bien sûr, on gagne moins d’argent mais on protège la planète. L’humain avant le profit.