Ana Jaren[]

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15.11.2018

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Ana est une jeune illustratrice espagnole née à Séville et désormais installée à Madrid. Lancée d’abord dans une toute autre voix, celle de la mode et de la publicité, Ana s’est finalement tournée vers l’illustration il y a quelques années. Elle possède un univers artistique très foisonnant où le vide n’a pas sa place. Son trait de crayon précis et réaliste se démarque dans le monde actuel de l’illustration où la tendance semble être plutôt aux courbes et aux traits rondouillards et naïfs.

L’Auberge espagnole

Quand on contemple pour la première fois les dessins d’Ana, on est un peu perdus et on ne sait littéralement pas où poser les yeux. On se sent un peu dépassé par la multitude d’informations présentes, chaque plan de ses illustrations méritant notre attention totale. Il y a toujours au premier plan un personnage aux traits fins et au style vintage bien défini qui vaut le coup d’œil, héritage sûrement de ses années dans la mode. Mais le décor dans lequel il évolue est aussi un élément à part entière à ne pas négliger. C’est un peu fouillis et toujours débordant de couleurs avec des papiers peints à fleurs et des rideaux en mode sixties. Dans certaines scènes, Ana sature l’espace de nourritures et dessine avec la même précision les paquets de chips, les pizzas ou les pancakes du matin dans une profusion de détails, minutieuse et toujours juste. Un vrai festin pour le regard.

C’est cette précision du trait qui distingue l’univers d’Ana. Elle fait le choix intéressant de ne colorer que les tenues des personnages et le décor environnant et de laisser au contraire les filles et les garçons simplement dessinés aux traits de crayons, en noir et en blanc. Cela rappelle évidemment le style de Candice Roger (présente dans notre book « Banana Split », édition 2015) et ses personnages imaginés presque entièrement en noir et blanc avec un jeu d’ombres très marqué. On se concentre alors sur la finesse du trait. Ana ne fait pas le choix, contrairement à beaucoup d’illustratrices aujourd’hui, d’être dans la schématisation, elle va au fond de ses personnages, ses traits sont précis, très fins. Elle préfère les angles et les cassures aux courbes très tendances en ce moment. Elle ne représente pas une idée ou une silhouette mais croque de vrais portraits impressionnants de détails et de netteté d’une personne et de son univers. Son trait rappelle la finesse de celui de grands dessinateurs de bande-dessinée comme E.P Jacobs ou encore Hugo Pratt et la délicatesse du visage de Corto Maltese. On imagine d’ailleurs très bien Ana décliner en bande-dessinée une histoire à l’Auberge espagnole : une coloc de jeunes hipsters, nostalgiques et bordéliques.