Alexandre Chamelat[FRA]

  • Photographie
  • La chronique
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12.03.2019

Chronique

par JULIETTE MANTELET

Retour en enfance avec les photographies du toulousain Alexandre Chamelat. Ses travaux tournent essentiellement autour du voyage, du souvenir et des vacances. Entre douceur et nostalgie, minimalisme et couleurs pastel, ses images font remonter le temps jusqu’aux doux moments de jeunesse.

 « Accidentally Wes Anderson »

L’univers d’Alexandre oscille entre photographie documentaire et photographie de voyage. À travers ses images, on continue sur les traces de Fanny Duval et de la photo réaliste, fidèle. Alexandre immortalise les bords de mer, les vacanciers sur la plage de manière très minimaliste. Le décor est ordinaire, pas toujours splendide. Ce sont des simples scènes de vie prises telles qu’elles viennent, sans déformation. Il capture des enfants jouant sur la plage, un couple au bord de l’eau, une bande d’amis jouant au volley, autant de situations banales de tout un chacun au bord d’une plage. Le photographe possède un grand sens de la composition qui vient révéler ses instants ordinaires. Lignes, courbes et répartition des sujets dans le cadre viennent donner aux photos une unité impressionnante et une beauté évidente. Les joueurs sont répartis de manière équitable de chaque côté du filet, comme les enfants autour de l’escalier, l’enseigne du P’ty Mar et du Flamingo sont exactement au centre de l’image, tout comme le lampadaire ou la douche. La symétrie absolue des images est saisissante.

La grande différence entre Alexandre et Fanny Duval, et l’usage de la post-production. Alexandre travaille au numérique pour pouvoir retoucher ses images et obtenir ainsi ces couleurs uniques qui constituent son style. Lorsqu’il photographie les scènes, Alexandre en imagine déjà les retouches et les couleurs. Des couleurs presque absentes, pâles, dé-saturées. L’eau de la Méditerranée prend chez lui des tons gris bleus de mer du Nord en hiver, le ciel est toujours gris, imperturbable. À travers ces couleurs, Alexandre souhaite « faire échos aux vieux tirages décolorés que l’on retrouve dans les greniers, les brocantes ». Lorsqu’il trouve le bon traitement, il l’applique ensuite au reste des images, produisant ainsi des séries particulièrement convaincantes et lisibles. Les tons sont pastel, doux. Les images apaisent comme les souvenirs heureux de l’enfance que l’on aime à se remémorer. L’esthétique léchée évoque le monde magique et lumineux du réalisateur Wes Anderson, chez qui les couleurs pastel et sucrées provoquent aussi immédiatement un sentiment de nostalgie d’un autre temps. Les plans du réalisateur américain sont toujours parfaitement symétriques et géométriques comme chez Alexandre, dont les images pourraient très bien se retrouver sur le compte Instagram, « Accidentally Wes Anderson » rendant hommage au style du réalisateur.

JEUX D’ENFANTS

Dans sa série minimaliste « Grains Nostalgiques », Alexandre parvient avec presque rien à dégager une ambiance forte et une mélancolie universelle. En immortalisant les gens dans leur quotidien de vacanciers, il renvoie le spectateur à ses propres souvenirs d’été, de plage. Le blanc règne chez Alexandre, produisant une lumière qui donne l’impression d’un flashback et s’impose à nous, nous saisit, nous extrait du présent. Ses photographies agissent comme une parenthèse. Les couleurs douces, uniformes et jamais tranchées sont à l’image de cette période de la vie où rien n’est grave, où tout n’est que jeu. La brume est omniprésente, symbolisant le temps suspendu entre l’enfance et l’âge adulte. Avec Alexandre on reste dans « le doux cocon de l’enfance » et comme dans le monde onirique de Peter Pan, on refuse de grandir.